Virus Zika et microcéphalies : la fragile hypothèse des pesticides

Des chercheurs brésiliens et argentins ont fait part mi-février de leurs soupçons sur l'implication d'un insecticide industriel, le pyriproxyphène, dans le développement des microcéphalies attribuées au virus Zika. Pour l'heure, cette hypothèse reste très fragile : en effet, en Polynésie française, où une recrudescence de cas de microcéphalies est également recensée, le pyriproxyphène n'a jamais été utilisé, selon le centre d'hygiène et de salubrité publique de Papeete.

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Le larvicide soupçonné par des chercheurs sud-américains [1] d'être la cause des microcéphalies chez les fœtus n'a jamais été utilisé en Polynésie, également touchée par ces malformations, a indiqué le 15 février à l'AFP le centre d'hygiène et de salubrité publique de Papeete.

La Polynésie française a bien pulvérisé un insecticide lors des épidémies de Zika. Mais il s'agissait de deltaméthrine, et non de pyriproxyphène.

"La deltaméthrine est utilisée depuis des décennies à La Réunion, la Martinique, la Guadeloupe ou la Nouvelle-Calédonie dans la lutte contre le moustique, sans jamais avoir été reliée à aucune anomalie sur l'homme" a déclaré à l'AFP Glenda Mélix, chef du Centre d'Hygiène et de Salubrité Publique (CHSP) en Polynésie française. Elle précise que le CHSP a utilisé la deltaméthrine en pulvérisations pour lutter contre le moustique adulte, et que deux autres larvicides - le téméphos et le BTI [2] - ont été utilisés dans les eaux stagnantes [3].

Glenda Mélix assure que ces produits ont aussi été utilisés pour lutter contre d'autres virus transmis par le moustique, comme le dengue et le chikungunya. Or, l'augmentation du nombre de microcéphalies n'a été constatée en Polynésie qu'après l'épidémie de Zika.

Le Zika a touché au moins 60% de la population polynésienne lors de l'épidémie de 2013-2014, selon les autorités sanitaires locales. Il a provoqué quarante-deux syndromes de Guillain-Barré, qui génère une paralysie plus ou moins réversible. Il est soupçonné d'être lié à dix-huit cas de malformations du fœtus, dont dix à douze microcéphalies, contre un à deux cas par an en temps normal.

"Le Zika reste aujourd'hui l'hypothèse la plus sérieuse pour expliquer les microcéphalies" assure un médecin spécialiste du Zika en Polynésie, qui ne souhaite pas être cité avant d'avoir pris connaissance de l'étude argentine.

Contactés par la rédaction d’Allodocteurs.fr, des épidémiologistes de l'Inserm spécialisés dans l'étude des pesticides sont également circonspects. "Pour déterminer si le pyriproxyphène contribue aux cas de microcéphalies, il est indispensable de comparer les prévalences de microcéphalies dans des zones où ce produit est utilisé contre Zika, dans des zones comme la Polynésie (Zika sans pyriproxyphène), et dans des zones où le pyriproxyphène est utilisé hors épidémie de Zika", précisent-ils. "Un autre point important est d'avoir une plausibilité biologique, c'est à dire des études expérimentales ou des mécanismes d'action probables, qui associeraient Zika ou pyriproxyphène pendant la grossesse avec la microcéphalie."

 

[1] Ces chercheurs suggèrent un lien entre les microcéphalies et le pyriproxyphène, un inhibiteur de croissance qui empêche les moustiques d'atteindre l'âge adulte. Ce produit a été utilisé au Brésil, qui a recensé près de 4.000 cas de microcéphalies.

[2] Le Bacillus thuringiensis israelensis est une bactérie utilisée comme larvicide.

[3] La destruction du moustique ou de ses larves reste le moyen le plus utilisé pour lutter contre l'épidémie de Zika.