Le coeur des femmes, cet inconnu

La recherche en cardiologie s'est longtemps consacrée à l'étude des coeurs masculins, partant de deux présupposés faux : premièrement, que les femmes souffraient peu de maladies cardiovasculaires et, deuxièmement, que leur coeur et leur système vasculaire étaient analogues à ceux des hommes. Il n'en est rien.

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Des différences physiologiques non négligeables

Quel que soit le sexe, le muscle cardiaque fonctionne de la même manière. Il est, en revanche, généralement moins gros chez la femme (250 grammes contre 300 grammes), le débit cardiaque étant plus faible. À la puberté, le profil de l’électrocardiogramme se différencie subtilement entre les deux sexes, avec un effet plausible sur le risque de fibrillation ventriculaire [1].

Dans le Bulletin épidémiologique de l’InVS daté du 8 mars 2016, la présidente de la Fédération française de cardiologie, le docteur Claire Mounier-Vehier, observe que les femmes connaissent également "une exposition à des facteurs hormonaux spécifiques tout au long de la vie". Elle cite notamment la grossesse (avec ses risques accrus de thrombose), le recours à la contraception par œstrogènes de synthèse, ou la ménopause. L’influence sur les facteurs de risque des maladies cardiovasculaires est loin d’être négligeable.

"Les artères des femmes sont également plus sujettes à ce que l'on nomme des spasmes, c'est-à-dire à se resserrer sous l'action d'un stimulus", ajoute le Dr Mounier-Vehier, interrogée par Allodocteurs.fr. La couche interne des vaisseaux sanguins, l'endothélium, présentant de nombreux récepteurs aux œstrogènes, ces vaisseaux sont particulièrement sensibles aux bouleversements hormonaux qui peuvent survenir au cours de la vie d'une femme.

Des facteurs de risques différents

Hypertension, diabète, obésité, sédentarité, tabagisme : si les principaux facteurs de risque des maladies cardiovasculaires sont les mêmes pour les deux sexes, leurs effets semblent plus marqués chez les femmes.

Ainsi, selon l’étude de 2013 précitée, l'obésité augmente de 64% le risque d'infarctus chez les femmes contre seulement 46% chez les hommes. De même, le diabète augmente le risque cardiaque d’un facteur estimé "entre 3 et 7" ; pour les hommes, ce facteur multiplicateur est inférieur à 3.

De même, l’hérédité joue très fortement : les femmes dont un parent au premier degré (père, mère, frère, sœur) a souffert d'un infarctus ont significativement plus de chance d'en souffrir, comparées aux hommes.

L’association du tabagisme à la prise d’une pilule contraceptive accroît aussi significativement le risque cardiovasculaire.

Les profils à risque plus difficiles à dépister

À l’imagerie médicale, les cœurs des hommes à risque sont généralement aisément reconnaissables, les artères coronaires étant fréquemment obstruées. Dans le cas des femmes, cette obstruction concerne plus souvent des petits vaisseaux, indiquent les auteurs d’une vaste étude publiée en 2013 dans la revue Global Heart,

"Les symptômes cliniques cardiaques et vasculaires sont souvent trompeurs", confirmait en 2014 un collectif de chercheurs français dans un article publié dans les Annales de cardiologie et d’angiologie. Outre l’atteinte des petits vaisseaux, les chercheurs notaient une tendance plus élevée, chez les femmes, à un moindre tonus vasculaire (dysfonction endothéliale), ainsi qu’à la rupture ou l’ulcération des plaques d’athérome.

Le diagnostic étant plus difficile à poser, les femmes sont moins fréquemment traitées, ou plus tardivement. Aujourd'hui, les femmes ont environ 20% de chance en moins que les hommes de se voir proposer un test d'effort, et 40% de moins pour une angiographie, selon les chiffres de la Fondation Recherche Cardio-Vasculaire.

Les signes avant-coureurs de l'infarctus sont également plus discrets chez les femmes. Comme le rappellent les chercheurs français auteurs de l’article paru dans les Annales de cardiologie et d’angiologie, le tableau clinique est très différent d’un sexe à l’autre. Pour les hommes, il est souvent très évocateur (une douleur classique à la poitrine irradiant au bras ou à la mâchoire) ; pour les femmes, il est généralement atypique : nausées, fatigue, essoufflement, sueur.

"Les femmes sont, [en conséquence], victimes d’un retard de prise en charge pouvant mettre en jeu leur pronostic vital", observent les auteurs. "[Elles] sont aussi insuffisamment traitées au décours de l’accident cardiaque, font plus de complications hémorragiques, sont plus difficilement revascularisables et ont un suivi aléatoire".

Selon les données présentées en 2013 dans Global Heart, environ 55% des accidents cardiaques sont fatals chez les femmes contre 43% chez les hommes. Celles qui ont un infarctus avant 50 ans ont même deux fois plus de risque d’en mourir que les hommes. Pour les plus de 65 ans, le risque de décéder dans l'année suivant cet accident est également doublé.

 

[1] L’intervalle QT, qui sépare début de la dépolarisation du myocarde de la fin de la repolarisation, est de 460 millisecondes chez les femmes contre 440 millisecondes chez les hommes. De nombreux chercheurs observent qu’un intervalle QT long est, chez les individus de sexe masculin, constitue un syndrome grave, associé à un risque accru de fibrillation ventriculaire.