Grippe : quatre questions autour de l'appel de Marisol Touraine à "libérer des lits" dans les hôpitaux

"Le bilan de l'épidémie sera probablement lourd", a déclaré mercredi 11 janvier la ministre de la Santé.

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, s\'entretient avec le directeur du département des urgences Dominique Pateron, devant le directeur de l\'APHP, Martin Hirsch, le 27 décembre 2016 à l\'hôpital Saint-Antoine.
La ministre de la Santé, Marisol Touraine, s'entretient avec le directeur du département des urgences Dominique Pateron, devant le directeur de l'APHP, Martin Hirsch, le 27 décembre 2016 à l'hôpital Saint-Antoine. (JACQUES DEMARTHON / AFP)
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Un appel lancé à toutes les structures hospitalières pour faire face à l'épidémie de grippe. Mercredi 11 janvier, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a demandé "à tous les hôpitaux publics et privés de déprogrammer des opérations, des soins médicaux pour libérer des lits." "Tout" , selon elle, doit être mis "en œuvre" pour pouvoir accueillir l'ensemble des patients. 

Pourquoi cette décision ?

Il faut répondre à l'afflux des malades aux urgences. Dès mardi 10 janvier, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, s'est inquiétée que les urgences soient "aux limites de leurs capacités". Mercredi, elle a précisé que "142 hôpitaux français sur 850 " étaient "en tension" à cause de l'épidémie de grippe qui frappe le pays.

"J'ai demandé que l'aval des urgences soit fluidifié au maximum, afin de pouvoir hospitaliser l'ensemble des personnes qui en auraient besoin", a-t-elle déclaré. S'adressant aux directeurs d'établissements, elle leur a demandé "de tout mettre en œuvre" pour "garantir la prise en charge de l'ensemble des patients qui nécessitent d'être hospitalisés". 

"Les services d'urgence sont à la limite de la rupture aujourd'hui", avait confirmé mardi sur RTL François Braun, président de Samu-Urgences de France (SUDF). "Toutes les régions sont touchées (...) y compris la région parisienne."


Grippe : les urgences dépassées

Cet engorgement est largement dû, selon la ministre, au fait que la moitié des patients de plus de 60 ans venant à l'hôpital pour une grippe reste aux urgences. Cette proportion atteint 75% pour les plus de 80 ans.

Pourquoi les malades de la grippe sont prioritaires?

Sachant que "le bilan de l'épidémie sera probablement lourd", Marisol Touraine veut éviter une surmortalité des personnes âgées. Un bilan qui pourrait lui être reproché, comme le furent en 2003, au gouvernement d'alors, les 15 000 décès supplémentaires imputés à la canicule estivale.

Samedi 7 janvier, son ministère a d'ailleurs diligenté une enquête pour expliquer un "évènement exceptionnel" : la mort en quinze jours de 13 pensionnaires d'un établissement pour personnes âgées dépendantes à Lyon. Soixante-douze d'entre elles sur 110 avaient contracté la grippe. 


Maison de retraite : 13 morts de la grippe

Les précautions sont-elles trop tardives ? Dès le début de l'épidémie, Santé publique France avait d'emblée annoncé que la saison de grippe 2016-2017 s'annonçait délicate, avec le retour d'un virus de type A (H3N2), cousin de celui qui avait été en partie responsable, il y a deux ans, d'une surmortalité de 18 000 personnes.

Le A/H3N2 "est un virus particulièrement dangereux pour les sujets fragiles", selon Daniel Levy-Bruhl, responsable de l'unité infections respiratoires et vaccination à Santé Publique France, à l'AFP. "Dès qu'il a été identifié, nous avons su que l'impact serait fort" sur les personnes âgées.

Ce virus ne va généralement pas attaquer directement les poumons comme le ferait le H1N1, il va plutôt générer des complications chez les personnes affaiblies. Cela peut passer par une surinfection bactérienne, ou précipiter l'évolution de pathologies (insuffisances cardiaques, respiratoires ou même diabètes).

L'appel à dégager des lits est-il exceptionnel ?

Non, il existe même une procédure pour cela : le "plan blanc", qui peut être décidé au sein de chaque hôpital et s'inscrit dans le cadre du système Orsan (organisation de la réponse du système de santé en situations sanitaires exceptionnelles).

"Une partie de ce dispositif a été déclenchée dès l’été 2014 pour la prise en charge éventuelle de patients atteints d’Ebola", relève le ministère de la Santé sur son site. Mais il peut être mis en œuvre, avec plus ou moins d'ampleur, dans des circonstances plus courantes.

Le 28 février 2015, notait ainsi Le Progrès, "en raison d’une activité très soutenue liée à l’épidémie de grippe, la direction du centre hospitalier de Roanne a déclenché jeudi après-midi le plan blanc. Ce plan d’urgence sanitaire permet de réquisitionner du personnel si nécessaire et de déprogrammer des hospitalisations".

Quelles précautions pour les hospitalisations de personnes grippées ?

Ce document de l'Institut national de veille sanitaire le précise d'emblée : "aux urgences, la grippe n'est pas un problème médical" et "seuls de rares cas graves" peuvent relever de réanimation.

Mais l'accueil aux urgences d'un patient grippé "pose essentiellement le problème de l'accueil d'un malade très contagieux pour le personnel et les autres patients, dans un lieu à forte concentration humaine".

Il pose surtout, selon François Bricaire, infectiologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris) interrogé par franceinfo, la question de la vaccination des personnels de santé, insuffisamment protégés. Le gouvernement envisage désormais, selon l'AFP, de rendre obligatoire le vaccin pour les soignants.