Epidémie de grippe : "Il faut surtout vacciner le personnel de santé"

Alors que l'épidémie de grippe continue de toucher les personnes âgées en maison de retraite, François Bricaire, infectiologue souligne l'importance pour le personnel soignant de se faire vacciner sur franceinfo. 

Illustration vaccin dontre la grippe.
Illustration vaccin dontre la grippe. (DAREK SZUSTER / MAXPPP)
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Treize personnes sont mortes de la grippe dans une même maison de retraite à Lyon, entre le 23 décembre et le 7 janvier, a annoncé samedi 7 janvier, la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Au total, 72 personnes ont contracté la grippe au sein de cette maison de retraite et six d'entre elles sont encore hospitalisées. "La moyenne d'âge des personnes décédées est de 91,5 ans", a précisé le ministère.

Marisol Touraine a demandé samedi à l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) de "diligenter une mission d'inspection pour identifier et analyser les causes à l'origine de cet événement exceptionnel". Un premier rapport d'étape est attendu sous dix jours.

Selon François Bricaire, infectiologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris), cet épisode épidémique est "malheureusement un événement classique" et "les personnes âgées font partie des plus fragiles". Mais pour l'infectiologue, il faut surtout insister sur la nécessité de vacciner le personnel de santé.

franceinfo : Cet épisode épidémique est-il exceptionnel ?

François Bricaire : C’est malheureusement un événement classique, connu et à chaque fois qu’un épisode d’épidémie de grippe un peu sévère survient, les personnes les plus fragiles, comme les personnes âgées, sont les premières victimes de la grippe. Elles ne répondent pas parfaitement au vaccin et leur protection est insuffisante. Le vaccin fonctionne très bien mais n’assure pas une protection chez les sujets qui n’ont pas une capacité de réponse immunitaire suffisante, ce qui est assez fréquent avec l’âge. Le virus de la grippe est très transmissible, par voie respiratoire ou par contact manuel. Les épidémies ont des intensités variables. Cette année, elle est forte. Le virus est particulièrement virulent.

Cela aurait-il changé quelque chose si la campagne de vaccination était venue plus tôt ?

Non, je ne pense pas. La campagne de vaccination commence toujours au début du mois d’octobre et donc permet d’avoir une protection des personnes à partir de la fin octobre. Avec le début de la grippe mi-décembre, nous étions dans les délais. Certes, il faut vacciner les personnes âgées, mais il faut surtout vacciner le personnel de santé. Souvent, le personnel de santé refuse de se faire vacciner, c’est une grave erreur. Je crois qu’il y a une difficulté à faire passer des messages sur la qualité des vaccins. Il est de bon ton de contester les vaccins.

Un masque est-il suffisant pour se protéger ou pour ne pas contaminer les autres ?

Ce n’est pas dérisoire, mais pas suffisant non plus. Le port du masque fait partie de cet arsenal que l’on a pour essayer de se protéger, pour éviter de transmettre le virus d’un individu contaminé malade à une personne saine. Le confinement est un moyen mais il est contraignant et difficile. Cela permet d’arrêter les contacts, mais je ne pense que ce soit la meilleure solution dans l’arsenal dont on dispose pour lutter contre la grippe. D’un point de vue théorique, on devrait tous se faire vacciner, d’un point de vue pratique, malheureusement non. Heureusement, il y a des volontaires pour se faire vacciner dans des entreprises. Il faut également vacciner les enfants. La grippe change chaque année et donc il faut adapter le vaccin, et on aura peut-être, un jour, un vaccin universel.