Abattages massifs de palmipèdes : trois questions sur l'épidémie de grippe aviaire qui s'étend dans le Sud-Ouest

La zone d'abattage préventif des canards et des oies a été étendue mercredi 15 février et concerne 463 communes.

Des éleveurs sortent leurs canards dans une ferme de Belloc-Saint-Clamens (Gers), le 6 janvier 2017.
Des éleveurs sortent leurs canards dans une ferme de Belloc-Saint-Clamens (Gers), le 6 janvier 2017. (REMY GABALDA / AFP)
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La grippe aviaire continue de se répandre comme une traînée de poudre. La zone d'abattage préventif des canards et des oies, destiné à endiguer l'épizootie de grippe aviaire dans le Sud-Ouest, a été étendue à 48 communes supplémentaires mercredi 15 février. Le nombre de communes listées passe ainsi de 415 à 463, réparties entre les départements des Landes, du Gers, des Pyrénées-Atlantiques, des Hautes-Pyrénées et de la Haute-Garonne. Franceinfo revient sur cette crise en trois questions.

Pourquoi les abattages se poursuivent-ils ?

Le virus H5N8, repéré fin novembre sur des oiseaux sauvages, se propage depuis l'automne dans les élevages de palmipèdes du Sud-Ouest. Au 14 février, 246 foyers infectieux avaient été recensés dans des exploitations agricoles et 28 cas dans la faune sauvage. Pour enrayer cette épizootie, le gouvernement a entamé le 4 janvier dernier une politique d'abattage massif et préventif de palmipèdes dans cette région.

"Il n'y a pas d'autre moyen que d'éradiquer les foyers, et on est obligé d'éradiquer le virus avec des abattages, a affirmé le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, lundi 13 février. Si j'avais d'autres solutions, on les aurait mises en place rapidement." Il a ajouté que "lors de cet abattage préventif, on a trouvé des animaux malades", ce qui justifie selon lui la nécessité de poursuivre cette mesure.

Le président PS du Conseil départemental des Landes, Henri Emmanuelli, évoque toutefois une autre solution pour stopper la propagation du virus. Il a suggéré, lundi 13 février, la mise en place d'un nouveau vide sanitaire dans le Sud-Ouest afin de fixer une date de reprise de la production de foie gras. "Au point où nous en sommes arrivés, il vaudrait mieux tout abattre, qu'on sache à quelle date on pourrait reprendre la production", a estimé Henri Emmanuelli.

Quelles sont les conséquences pour les producteurs ?

Au total, 3 millions de canards, soit 8% de la production nationale, ont déjà été abattus, rapporte Le Figaro lundi 13 février. Les pertes des éleveurs d'oies et de canards sont encore en cours d'évaluation. Mais le Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (Cifog) estime qu'"on n'est pas loin de l'an dernier", où 25% de la production avait été perdue. La facture pourrait donc atteindre 270 millions d'euros. L'épizootie touche toutefois une "zone géographique beaucoup plus restreinte" que celle de 2016, ce qui représente "des risques majeurs pour les entreprises" des départements touchés.

Plusieurs éleveurs réclament une indemnisation de l'Etat pour faire face au manque à gagner. "Nous attendons des clarifications sur le montant et les modalités d'indemnisation des éleveurs, plaidait déjà le Cifog le 19 janvier dernier. Tous avaient lourdement investi pour respecter de nouvelles règles de biosécurité après l'épisode de grippe aviaire de l'an dernier et, du fait du nouveau virus H5N8 de cette année, très agressif, leurs élevages se retrouvent à nouveau à vide, c'est dramatique."

Pourquoi le gouvernement veut-il modifier le fonctionnement de la filière du foie gras ?

Stéphane Le Foll a estimé, lundi 13 février, qu'il était nécessaire de "revisiter le modèle de production du foie gras". Le ministre de l'Agriculture semble ainsi remettre en cause la segmentation de l'élevage des canards et des oies. Les animaux passent d'une exploitation hyperspécialisée à l'autre : des fermes de reproduction aux couvoirs, puis aux élevages de poussins, aux élevages en parcours extérieur, aux éleveurs-gaveurs, pour finir par les abattoirs et la transformation. Chaque opération se fait sur un site différent, ce qui nécessite de transporter des milliers d'animaux d'un lieu à un autre, les deux étant parfois situés dans des départements différents.

"Il y a des choses qui se sont passées qui n'auraient pas dû se passer", a souligné Stéphane Le Foll. "Si l'on applique des règles de biocontrôle avec un modèle de production inchangé, cela ne servira à rien", a-t-il ajouté, soulignant que "la multiplicité de transport est aussi un vecteur viral". Le ministre de l'Agriculture a donc appelé à trouver "une stratégie pour limiter les transports" des canards et des oies. "On va essayer de signer un contrat avec le Cifog pour revisiter le modèle de production", a-t-il promis.