Épreuve de la camisole dans "Fort Boyard" : une image "très choquante et effrayante de la psychiatrie"

Co-signataire d'une tribune publiée lundi dans "Le Monde", le professeur Antoine Pelissolo, chef de service à l'hôpital Henri Mondor de Créteil, regrette l'image véhiculée de la psychiatrie à travers l'émission "Ford Boyard", sur France 2.

Fort Boyard, à côté de La Rochelle (Charente-Maritime), le 3 mai 2017.
Fort Boyard, à côté de La Rochelle (Charente-Maritime), le 3 mai 2017. (MEHDI FEDOUACH / AFP)
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Des associations de patients et de professionnels de santé ont publié, lundi 10 juillet, dans le journal Le Monde (accès payant) une tribune contre une nouvelle épreuve de l'émission Fort Boyard. Intitulée "L'asile", puis rebaptisée "La cellule capitonnée", elle consiste pour le candidat à parvenir à se libérer d'une camisole de force. 

Co-signataire de cette tribune, le professeur Antoine Pelissolo, chef de service à l'hôpital Henri Mondor de Créteil (Val-de-Marne), déplore sur franceinfo l'image ainsi véhiculée de la psychiatrie. 

franceinfo : Une première mobilisation, il y a deux semaines, a convaincu France 2 de changer le nom de l'épreuve. Pourquoi cela ne suffit-il pas ?

Antoine Pelissolo : Le changement de nom ne change pas grand-chose. On accompagne la protestation d'associations et de collectifs de personnes malades qui souhaitent à tout prix changer le regard que la société porte sur elle-même et sur les soins psychiatriques. Cela reste un sujet qui fait peur, un sujet d'exclusion, un sujet de stigmatisation et de discrimination. Malheureusement, ce type de divertissement, car c'est censé être un jeu au départ, ne fait que renforcer cette image très choquante et très effrayante de la psychiatrie. Évidemment, les malades qui souffrent de ces troubles souffrent aussi du regard des autres. Laisser cette image perdurer des soins et des maladies mentales peut être assez dramatique, notamment pour les enfants qui regardent ces émissions.

Pourquoi se permet-on d'aller plus loin avec les maladies psychiatriques qu'on ne se le permet avec d'autres maladies ou handicaps ?

On a dit dans la tribune, par exemple, qu'il serait impensable de faire cela au niveau du cancer et des chimiothérapies, des soins qui sont médicaux. La psychiatrie a toujours une image différente. À la limite, on peut considérer qu'on peut rire de tout. Mais là, le problème c'est qu'on ne rit pas, on fait peur. Il faut changer cette image. Il faudrait que cela vienne de la chaîne elle-même. Ils n'ont pas compris qu'il y a une pédagogie qui est tout à fait importante à faire.

France 2 n'a "pas compris qu'il y a une pédagogie qui est tout à fait importante à faire", Antoine Pelissolo
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Les signataires de la tribune exigent le retrait de l'épreuve et des excuses de France 2.