Ebola : pourquoi le risque zéro n'existe pas en France

De la détection d'un malade à sa prise en charge à l'hôpital, les protocoles très stricts mis en place ne peuvent pas être fiables à 100%.

Deux infirmières s'équipent avec des combinaisons de protection dans une chambre à pression négative, au CHU de Rennes (Ille-et-Vilaine), le 12 août 2014.
Deux infirmières s'équipent avec des combinaisons de protection dans une chambre à pression négative, au CHU de Rennes (Ille-et-Vilaine), le 12 août 2014. ( MAXPPP)
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"La France est prête à faire face", assure Marisol Touraine, mercredi 8 octobre. La ministre de la Santé veut rassurer, alors qu'une première contamination au virus Ebola a été déclarée en Espagne deux jours plus tôt. Le cas de cette aide-soignante, qui avait pris en charge un missionnaire de retour de Sierra Leone, a ravivé la peur d'une propagation de l'épidémie en Europe et mis en lumière des failles, dénoncées par les soignants espagnols.

Réaliste, Marisol Touraine rappelle, sur France Info, que "le risque zéro n'existe pas", mais qu'il "n'y a pas de cas d'Ebola sur le territoire" et que la France dispose d'"hôpitaux prêts à accueillir des malades". Francetv info revient sur les dispositifs stricts mis en place en France et leurs limites, étape par étape. 

1Parce que l'identification des malades n'est pas infaillible

Aucune contamination au virus Ebola n'a été déclarée en France et les personnes présentant des risques, notamment au retour d'un pays où le virus sévit, sont surveillées de très près. C'est le cas d'un élève d'une école de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), rentré de Guinée et retourné normalement en classe, en l'absence de symptômes. Sa température, ainsi que celle de ses frères et sœurs, est prise plusieurs fois par jour. Si elle atteint ou dépasse 38°C, l'infirmière de l'école prévient les services compétents pour sa prise en charge.

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Quelles sont les limites ? Seules les personnes qui présentent des symptômes du virus sont contagieuses : poussée de fièvre, douleurs musculaires, maux de tête, douleurs abdominales… Toutefois, si vous avez de la fièvre mais n'avez pas mis un pied en Sierra Leone ou au Liberia, ni été en contact, de près ou de loin, avec un malade d'Ebola, il n'y a pas de quoi paniquer. Ces symptômes, de prime abord, peuvent ressembler à ceux d'une grippe. Il faut savoir les reconnaître et les décrire à un médecin. Si les enfants peuvent être surveillés à l'école, les adultes doivent être capables de reconnaître et de signaler eux-mêmes ces symptômes (en appelant le 15). Il est par ailleurs important d'identifier rapidement les autres personnes avec qui un malade a pu être en contact, ce qui explique l'hospitalisation des proches de l'aide-soignante espagnole contaminée.

L'erreur peut donc être humaine, ou bien technique. Le premier patient ayant développé le virus Ebola aux Etats-Unis, qui s'était rendu très vite à l'hôpital, avait par exemple été renvoyé chez lui, à cause d'un logiciel mal conçu, raconte Slate.fr. Dans ce logiciel, les informations concernant les voyages du patient au Liberia étaient accessibles aux infirmiers, mais pas aux médecins.

2Parce que le virus survit sur des surfaces inertes 

"On n'attrape pas Ebola comme on attrape une grippe", assure la ministre de la Santé. En effet, le virus se transmet par contact direct ou indirect avec les fluides biologiques d'une personne infectée. Quels fluides ? Le sang, le sperme, le vomi, la salive, la glaire, l’urine, les selles, la sueur et les larmes. "C'est au moment de la mort que les fluides sont les plus contagieux", précise Sciences et avenir, car ils se chargent de particules virales au fil de l'évolution de la maladie. Comment le virus entre-t-il dans l'organisme ? Par les muqueuses : bouche, nez, yeux, muqueuses sexuelles, anus. Une peau lésée peut également constituer une porte d'entrée pour le virus.

Quels sont les risques ? Les particules virales peuvent survivre sur les surfaces inertes. Une goutte de sueur d'un malade, laissée sur un lit ou un vêtement, pourrait en théorie être contaminante. Mais l'eau de Javel suffit à inactiver le virus, et les déchets (vêtements, fluides du patient, équipement des soignants) sont enfermés dans des réceptacles hermétiques et incinérés.

Un postillon contaminé qui atterrirait dans un œil ou sur une plaie reste potentiellement dangereux. C'est pourquoi les soignants portent des combinaisons spécifiques, qui protègent chaque centimètre carré de peau. Il est également capital, particulièrement pour le personnel des hôpitaux, de se laver et de se désinfecter les mains régulièrement, afin d'éviter tout contact (en se frottant le visage par exemple). 

3Parce que le dispositif n'a jamais pu faire ses preuves

Le processus de suivi des malades, décrit par le ministère de la Santé, est très précis. Les personnes contaminées à l'étranger, comme ce fut le cas d'une volontaire de Médecins sans frontières (guérie depuis), sont rapatriées dans des avions médicalisés spéciaux. Leur trajet sur le sol français est ensuite prévu pour éviter toute contamination : atterrissage dans un aéroport militaire, ambulance équipée spécialement, prise en charge dans l'un des 12 établissements désignés par le ministère de la Santé, chambres d'isolement à pression négative…

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ANGELIQUE FORGET - FRANCE 2

Quelles sont les limites ? La France n'a eu pour le moment à traiter qu'une seule malade d'Ebola, avec succès. Aucun autre cas n'a été déclaré depuis son arrivée sur le territoire, preuve de l'efficacité de cette prise en charge. N'ayant jamais connu d'épidémie du virus, ni même plusieurs cas de contamination, le dispositif prévu par le ministère de la Santé n'a pas eu l'occasion de faire ses preuves. Il est donc difficile de connaître ses limites, tout comme sa véritable efficacité.

4Parce que la formation n'empêche pas les erreurs

L'aide-soignante contaminée à Madrid était-elle suffisamment préparée à suivre un patient atteint d'Ebola ? L'une de ses collègues assure le contraire. Elle affirme n'avoir reçu qu'"un cours de 15 minutes pour expliquer comment on met et on enlève la combinaison".

Selon le professeur François Bricaire, médecin chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, une formation "d'au moins 48 heures" est souhaitable. Il ajoute que la formation dure huit jours pour les volontaires de la Croix-Rouge envoyés dans les zones touchées par Ebola en Afrique. En France, depuis le début de l'année, dans chacun des 12 établissements de référence, les soignants sont aussi censés avoir reçu une formation spécifique pour accueillir les patients en toute sécurité, précise Europe 1.

Quels sont les risques ? En France, ils sont encore une fois liés à l'éventualité d'une erreur humaine, impossible à écarter totalement. En témoigne le cas de l'infirmière française contaminée, qui était pourtant formée et expérimentée.