Ebola : des salariés d'Air France refusent d'embarquer pour les pays touchés

Le syndicat national de la compagnie française a lancé une pétition pour réclamer l'arrêt des vols à destination des pays d'Afrique de l'Ouest touchés par l'épidémie. Air France est une des dernières à desservir Conakry, Lagos et Freetown.

Photo d'illustration d'une hôtesse de l'air de la compagnie Air France, le 25 juin 2014 à New York (Etats-Unis).
Photo d'illustration d'une hôtesse de l'air de la compagnie Air France, le 25 juin 2014 à New York (Etats-Unis). (TIMOTHY A. CLARY / AFP)
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Le personnel aérien d'Air France redoute les vols vers certains pays d'Afrique de l'Ouest. Mardi 19 août, plusieurs employés d'Air France "n'ont pas souhaité effectuer leur mission" pour se rendre en Guinée, en Sierra Leone ou au Nigeria, pays touchés par l'épidémie d'Ebola, a expliqué un porte-parole de la compagnie.

Alors que la maladie ne cesse de progresser dans ces trois pays, la compagnie française a maintenu ses vols vers ces destinations. Air France continue de desservir "quotidiennement Conakry (Guinée), ainsi que Lagos (Nigeria) et trois fois par semaine Freetown (Sierra Leone)", indique le porte-parole.

Un syndicat demande "l'arrêt immédiat" des vols

Le syndicat national du groupe Air France (SNGAF) a fait signer une pétition chez le personnel de la compagnie demandant que tous les vols vers les pays touchés soient annulés. En trois jours, elle a déjà recueilli 700 signatures, raconte Le Parisien

"Nous savons que nous avons un métier à risque, mais avec des risques mesurés. Là, c'est totalement hors de contrôle, les informations ne sont pas les mêmes d'un jour à l'autre", a déploré Sophie Gorins, secrétaire générale du SNPNC, un autre syndicat de navigants. Nous n'avons aucune certitude que nous ne transportons pas une victime ou que nous ne sommes pas nous-mêmes porteurs de la maladie."

Des masques et des gants sont embarqués dans les avions, mais le dispositif est jugé dérisoire par plusieurs membres du personnel de la compagnie. "Ils répètent qu'on est formés à Ebola, c'est faux", s'indigne Patrick Henry-Haye, steward et responsable syndical SNGAF, interviewé par Le Parisien.

Les navigants peuvent exercer leur droit de retrait

Inquiets, de nombreux employés d'Air France ont refusé d'embarquer. Un commandant de bord peut invoquer son droit de retrait s'il estime encourir un "danger grave et imminent" pour sa vie ou sa santé. Ce droit est alors appliqué à l'ensemble de l'équipage, qui est remplacé par un équipage de réserve.

Confrontés à la même situation, les hôtesses et stewards peuvent invoquer une "clause de fatigue". En 2009, en raison de la grippe porcine, des équipages d'Air France avaient ainsi fait valoir leur droit de retrait pour ne pas embarquer à bord de vols à destination du Mexique. Conakry, Freetown et Lagos sont classées comme destinations à risques par le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) d'Air France.

"Dans tous les cas, tous les vols sont partis avec des équipages composés en totale conformité, en nombre comme en qualification, avec la réglementation", a affirmé la compagnie française, soulignant qu'"il n'y avait eu aucun impact et que l'ensemble des programmes de vols avaient été maintenus" sur ces destinations.

Plusieurs compagnies ont déjà interrompu leurs vols

Seules trois compagnies internationales continuent de desservir la Sierra Leone : Royal Air Maroc, Brussels Airlines et Air France. Les personnels navigants opèrent "sous une intense pression de passagers qui veulent partir", explique le directeur général de l'Aviation civile, Abubakarr Kamara.

Cinq compagnies – Arik, ASKY, British Airways, Gambia Bird et Kenya Airways – ont déjà interrompu leurs liaisons avec Freetown en raison de l'épidémie. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a réaffirmé, mardi 19 août, ne pas recommander d'interdiction de vols, compte tenu, selon elle, de la faiblesse du risque de transmission pendant les voyages en avion.

Plusieurs organisations internationales, dont l'OMS, l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) et l'Association internationale du transport aérien (IATA), ont annoncé lundi 18 août la création d'un groupe de travail pour fournir "des informations au secteur du voyage et du tourisme ainsi qu'aux voyageurs".