Dégénérescence maculaire liée à l’âge : trois femmes perdent la vue à l'issue d'un essai clinique non homologué

Trois femmes atteintes de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) sont devenues aveugles après injection de cellules souches dérivées de cellules graisseuses, dans le cadre de ce qu’elles pensaient être un essai clinique. En réalité, l’expérience n’avait pas reçu d’homologation. 

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Elles pensaient participer à un essai clinique officiel, comme ceux dûment recensés sur la base ClinicalTrials.gov… Et pourtant, le traitement à base de cellules souches qui leur était administré dans une clinique de Floride contre leur dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) était réalisé hors de tout cadre réglementaire. Leur cas est détaillé dans un article publié mercredi 15 mars dans le New England Journal of Medicine.

Ces trois patientes, âgées de 72 à 88 ans, ont soit perdu la vue, soit vu celle-ci décroître à la limite de la perception de la lumière. Elles présentent également un décollement de la rétine et des hémorragies.

L’étude de cas publiée dans la revue médicale se veut, selon le mot de l’un de ses co-auteurs, l’ophtalmologue Jeffrey Goldberg, "un appel pour faire prendre conscience aux malades, au corps médical et aux agences fédérales de réglementation des risques de ce type de recherches peu contrôlées et financées par les patients".

Autre co-auteur, le Dr Thomas Albini, professeur d'ophtalmologie clinique, souligne que "les cellules souches suscitent de grands espoirs et ces types de cliniques attirent des malades désespérés qui pensent qu'une telle thérapie va les guérir. Mais dans ce cas, ces femmes ont été victimes d'une expérience clinique hors des normes et dangereuse."

Une thérapie expérimentale… payante

Chacune des trois malades a payé 5 000 dollars pour l'intervention. Or tout essai clinique payant devrait mettre la puce à l'oreille, pointent les auteurs, qui expliquent que les études sérieuses ne sont jamais financées par les malades. Autre fait inhabituel, font valoir les professeurs Goldberg et Albini, l'intervention a été réalisée dans les deux yeux des patientes, alors que les médecins choisissent toujours la prudence dans ce type de thérapie expérimentale. 

La préparation de mauvaise qualité des cellules souches en vue de leur injection dans les yeux de ces femmes pourrait expliquer les complications, estiment-ils, citant une possible contamination de la solution pour les purifier.  Et quand bien même les interventions se seraient bien déroulées, affirment-ils, rien ne prouve qu'elles auraient pu restaurer la vision des patientes.

Il existe en effet très peu d’éléments laissant à penser que ce type de cellules souches, prélevées dans la graisse de l'abdomen, puissent devenir des cellules de l'épithélium rétinien pigmenté.

Étude : Vision Loss after Intravitreal Injection of Autologous “Stem Cells” for AMD. A.E. Kuriyan, et al. NEJM 2017. doi: 10.1056/NEJMoa1609583