Plusieurs millions de femmes les avalent chaque jour en France, pourtant ces pilules ne sont pas sans risque. Les pilules contraceptives dites "de troisième et quatrième génération" sont-elles dangereuses pour la santé ? Un procès contre le groupe pharmaceutique allemand Bayer devait débuter le lundi 9 janvier aux Etats-Unis. Il a été reporté quelques jours avant au profit d'une médiation, comme l'explique le site de l'agence de presse Bloomberg (article en anglais)

Outre-Atlantique, plus de 10 000 plaintes ont pourtant été déposées contre le laboratoire, qui produit des pilules de quatrième génération, en raison d'effets secondaires graves. Les plaignants devaient s’appuyer sur deux études récentes qui tendent à prouver que ces contraceptifs augmentent les risques de phlébite et d’embolie pulmonaire. Les négociations pourraient désormais se dérouler loin des tribunaux et des médias.

• Quelles pilules sont concernées ?

Le laboratoire Bayer est mis en cause à propos de pilules de quatrième génération très répandues : Yas, Jasmine et Jasminelle. Mais la plupart des pilules dites de troisième et de quatrième génération seraient concernées, comme le détaille Le Parisien. Ces contraceptifs, qui utilisent de nouvelles hormones de synthèse, sont censés provoquer moins d'effets secondaires (prise de poids...) et permettre de soigner les problèmes de peau.

On estime que les pilules de troisième génération seraient utilisées par plus de la moitié des 5 à 6 millions de femmes qui prennent la pilule en France.

• Quel est le risque ?

Si le risque de thrombose, autrement dit de caillot sanguin, augmente avec la prise de n'importe quelle pilule, les dernières-nées doubleraient ce danger. "Depuis l’introduction des contraceptifs oraux (...) en 1961, le risque (...) est un effet indésirable bien connu", rappelle l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). 

Les pilules de deuxième génération entraînent un accident thromboembolique veineux pour environ 20 femmes par an sur 100 000. Pour celles de troisième ou de quatrième génération, ce taux grimpe à 40 cas pour 100 000. Le risque est même quadruplé par rapport aux non-utilisatrices de pilule. L’Afssaps précise que, dans 1 à 2 % des cas, ces accidents connaissent une "évolution fatale".

L’Afssaps s’appuie sur une étude publiée à l’automne dans le British Medical Journal. Un bilan confirmé quelques jours plus tard par la Food and Drug Administration, l’agence américaine du médicament, comme le rappelle Europe 1.

Le New York Times affirme quant à lui que, sur 10 000 plaintes déposées contre Bayer, une centaine le serait à la suite d'un décès (article en anglais). Le laboratoire dément ces accusations. Selon lui, ces contraceptifs ne font pas courir un plus grand risque que les autres aux consommatrices. Les études comporteraient des lacunes méthodologiques.

• Mille décès par an ?

"En France, le nombre de décès estimé de la contraception orale par embolie pulmonaire est de plus de mille morts par an, sans compter les décès par AVC ou cancers provoqués par la pilule", affirme l’Association des victimes d’embolie pulmonaire (Avep). Pierre Markarian a fondé l’Avep après la disparition de sa fille en 2007. Théodora avait 17 ans lorsqu'elle est morte des suites d’une embolie pulmonaire. Elle avait commencé à prendre la pilule Mercilon, dite de troisième génération, deux mois plus tôt. "Nous ne savions ni qu'elle souffrait d’hypercoagulabilité  du sang, ni qu'elle était allée voir un gynéco", témoigne son père dans Le Parisien (article payant).

Début 2010, la commission régionale de conciliation et d’indemnisation des incidents médicaux reconnaît la responsabilité pleine et entière de la pilule dans la mort de Théodora. "Le sens premier du serment d’Hippocrate c'est 'tout d’abord ne nuire en rien'. Pour cela, il faut qu’il y ait une meilleure communication et information du corps médical envers les patients", demande Pierre Markarian sur la page d'accueil de son site, qui propose une dizaine de témoignages.

• Quels sont les enjeux des poursuites ?

En renonçant au procès, les plaignantes misent sur une indemnisation. Et, en cas d'accord, Bayer déliera les cordons de la bourse mais limitera les frais d'un point de vue médiatique. Le risque d'une condamnation résidait en effet dans le fait qu'elle soit assortie d'une obligation d’actualiser ses notices d’utilisation, pour informer plus clairement les utilisatrices du risque de caillot sanguin. Enfin, l'écho d’un tel procès aurait pu conduire les autorités à recommander aux médecins de prescrire en priorité des pilules de deuxième génération, afin de limiter les risques.