FIV : une prise de sang pour décider quand prélever les meilleurs ovocytes

Lorsque les cellules qui aident l'ovule à mûrir meurent, l'ADN qu'elles contiennent est libéré. Et si l'ovule n'a pas maturé correctement, les risques qu'il ne soit pas viable sont importants. Partant de ce double constat, des chercheurs montpelliérains ont mesuré les taux d'ADN libre dans l'environnement des ovules afin de prédire les succès des fécondations in vitro (FIV). Selon des données récemment publiées dans PLoS ONE, leurs pronostics seraient désormais confirmés dans environ huit cas sur dix.

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A l'issue d'une tentative de conception in vitro, les chances de conception sont, en France, de l’ordre "de 20%", explique le Pr Samir Hamamah, co-signataire de l'étude. "Des milliers d'embryons sont éliminés chaque année sur des critères morphologiques qui ne permettent pas de connaître leur viabilité réelle", constate-t-il, notant que la recherche systématique d'anomalies chromosomiques chez les embryons reste interdite par la loi française.

"Il fallait donc partir sur autre chose et trouver un bon marqueur pour réduire le nombre de tentatives se soldant par des échecs et dont le prix est très élevé pour la collectivité", poursuit-il.

Dès 2009, l'attention des chercheurs se porte sur le follicule ovarien, l'agrégat de cellules dans lequel mûrit l'ovule. Ils postulent, d'une part, que d'importantes dégradations cellulaires à ce niveau sont corrélées à une mauvaise qualité de l'ovule et, d'autre part, que ces dégradations se traduisent par la présence importante d'ADN libre (c'est-à-dire non contenu dans des noyaux cellulaires).

Choisir le meilleur moment pour prélever les ovocytes

Des mesures réalisées chez des patientes viennent confirmer l'hypothèse que le taux d'ADN libre dans le follicule ovarien est corrélé à "une réserve ovarienne diminuée", entraînant de plus faibles chances de tomber enceinte.

Mais les chercheurs observent que, chez une même patiente, tous les follicules ne présentent pas le même taux d'ADN libre. "Tous les follicules ne sont pas soumis à la même « dose de stress » au cours de leur maturation", résume le Pr Samir Hamamah. "Si l'ovocyte a été exposé à un stress excessif, l'embryon court un très grand risque d'évolution pathologique dégénérative, entraînant un échec de grossesse. Nous déconseillons alors de tenter la FIV".

La capacité prédictive du test développé à Montpellier est estimée autour de 73%[1]. Le Pr Hamamah, qui a expérimenté le procédé depuis 2011 dans son service, affirme avoir doublé les taux de naissances issues de procréation médicalement assistée.

Une détection possible dans le sang

Selon les travaux publiés dans PLoS ONE, le taux d’ADN circulant dans le sang des patientes serait également corrélé aux chances de succès de la FIV, puisqu’il révèle un stress global de l'organisme, susceptible d'affecter les ovaires.

Ainsi, une simple prise de sang pourrait un jour aider les médecins à obtenir des ovocytes de meilleure qualité.

Des taux élevés d’ADN libre "indiquerai[en]t qu’il faut décaler la tentative [de prélèvement] de deux ou trois mois", concluent les chercheurs.

 

Source : Cell-free DNA in Human Follicular Microenvironment: New Prognostic Biomarker to Predict in vitro Fertilization Outcomes. S Traver et coll. PLoS ONE doi: 10.1371/journal.pone.0136172

 


[1] La sensibilité de ce test (probabilité qu'un pronostic de viabilité soit confirmé par les faits) est de 60%. Sa spécificité (probabilité qu'un pronostic de non viabilité soit confirmé par les faits) est de 88%.