Dépakine : ce qu'il faut retenir du rapport de l'Inspection générale des affaires sociales

Le texte, commandé par le ministère de la Santé et rendu public mardi, pointe notamment un manque de réactivité des autorités sanitaires françaises. Voici les principaux points à retenir.

Photo d'illustration d'une boîte de Dépakine, un médicament antiépileptique.
Photo d'illustration d'une boîte de Dépakine, un médicament antiépileptique. (GARO / PHANIE / AFP)

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Il est commercialisé depuis 1967. L'antiépileptique valproate (Dépakine et ses dérivés) est au cœur d'un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas), rendu public, mardi 23 février. Objectif : revenir sur l'utilisation et les effets nocifs de ce médicament prescrit à des femmes enceintes à l'origine de malformations congénitales à la naissance. Francetv info détaille les principaux points de ce document de 364 pages (PDF) commandé par le ministère de la Santé.

Entre 425 à 450 cas de malformations congénitales liées à la prise de cet antiépileptique

Selon les estimations de l'Igas, "ce sont entre 425 et 450 cas de naissances d'enfants vivants ou mort-nés exposés in utero au valproate entre 2006 et 2014 qui sont porteurs de malformations congénitales" en France. Ces résultats ont été obtenus en extrapolant à la France entière des données obtenues dans la région Rhône-Alpes.

Mais ce chiffre est à prendre avec des pincettes. Selon l'Igas, il faudra attendre le mois de mai pour avoir une "mesure plus précise de l'impact des prescriptions de valproate sur la descendance des femmes exposées".

Il y aurait des dizaines de milliers d'enfants touchés, a estimé Marine Martin, contactée par francetv info, présidente d'une association qui lutte pour la reconnaissance du lien entre des cas de malformations congénitales et la prise de cet antiépileptique pendant la grossesse.

Les autorités épinglées pour leur retard à l'allumage

"Le constat de la mission est celui d'un manque de réactivité des autorités sanitaires et du principal titulaire de l'autorisation de mise sur le marché", écrit le rapport. L'Igas estime que cette situation "interroge plus globalement l'organisation du système de pharmacovigilance en France".

Car le valproate de sodium est sur la sellette depuis plusieurs années à cause de son risque élevé de malformation - de l’ordre de 10% - mais également d’un risque plus élevé de retards intellectuels et/ou de la marche ainsi que de cas d’autisme, qui peuvent atteindre jusqu’à 40% des enfants exposés, rappelle Libération. Ces derniers risques ne sont connus que depuis les années 2000 alors que celui de malformations congénitales a commencé à filtrer à partir des années 1980.

"La mission met en évidence une certaine inertie des autorités sanitaires nationales, de l'agence européenne et des laboratoires en matière d'information des prescripteurs comme des patientes", poursuit le rapport. 

Dans son rapport l'Igas note que "les alertes ont été, au plan français et européen" déclenchées davantage par les médias que par "une prise en compte des données de pharmacovigilance et des publications scientifiques". A partir de 2004, "l'accumulation des signaux justifiait des mesures d'information", qui n'ont pas été pleinement mises en œuvre, commente l'Igas.

Une interdiction impossible

Un arrêt ou un changement de traitement brutal peut, selon l'Igas, "avoir des conséquences graves, voire mortelles, pour la mère et le fœtus". Sans compter que "le valproate est un médicament de référence [nécessaire dans certains cas] qui ne peut pas être supprimé comme, par exemple, le distilbène" a expliqué le directeur général de la santé, Benoit Vallet.

Le rapport de l’Igas reconnaît toutefois que les prescriptions de valproate chez les femmes en âge de procréer (15-49 ans) ont baissé en France de 25% entre 2006 et 2014 : leur nombre est passé de 125 000 en 2006 à 93 000 en 2014, dont 37 000 traitées pour épilepsie et 56 000 pour des troubles bipolaires. 

La baisse a été nettement plus faible pour les prescriptions de valproate dans ces derniers troubles qui représentent désormais la «majorité» des prescriptions, alors qu’il existe davantage d’alternatives.

Des pistes pour une meilleure veille et une meilleure information

"Le directeur général de l'agence du médicament [ANSM, Dominique Martin] a clairement positionné la pharmacovigilance comme première priorité", conclut le rapport. Mais les dispositions concrètes à prendre restent à définir.

Quant à l'amélioration de l'information, le directeur général de la santé, Benoit Vallet, a indiqué que l'avertissement pour les femmes enceintes, qui figurait déjà dans la notice du médicament, va être inscrit sur la boite, dès le 1er mars. De son côté, le directeur général de l'ANSM a souligné que "l'information devait être complète, y compris sur le risque non négligeable d'avoir un enfant autiste""On a encore des efforts à faire" pour que les informations sur les risques "parviennent au médecin et à la patiente", a également indiqué Dominique Martin.

En effet, la marge de progression est encore importante. D'après une étude menée en octobre 2015 par l'ANSM, et citée par le rapport, "94% des patientes n'avaient toujours pas signé l'accord de soins", que leur médecin doit leur remettre au moment de la prescription. Et "si 77% des pharmaciens interrogés connaissaient les nouvelles conditions de prescriptions et de délivrance, 62% des patientes étaient toujours peu ou pas informées à la fin octobre". Or, selon un arbitrage rendu au niveau européen en 2014, ce médicament ne doit plus désormais être prescrit aux filles et aux femmes en âge de procréer, ni aux femmes enceintes.