Axel Kahn : "Le terme d'enfant à trois parents ne convient pas"

Une équipe de scientifiques nord-américains vient d’annoncer une première mondiale : la naissance d’un bébé conçu à partir des cellules de trois personnes, sa mère, son père et une donneuse. Une technique complexe de fécondation in vitro destinée à éviter la transmission d’une maladie héréditaire grave.

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France Télévisions

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  • Peut-on vraiment parler d’un bébé à trois parents ?

Pr Axel Kahn, généticien et essayiste : "Non, ce terme d’enfant à trois parents ne convient pas. Cet enfant a essentiellement deux parents : d’une part, la maman qui a une maladie mitochondriale et d’autre part, le papa qui a émis son sperme pour féconder l’ovocyte. Les mitochondries sont des petites usines à énergie. Elles portent effectivement de l’ADN mais qui code uniquement pour des systèmes qui fabriquent de l’énergie, pas du tout pour les caractères héréditaires habituels comme la couleur des cheveux, des yeux, la plupart des maladies génétiques (à part les maladies mitochondriales) etc. Tout cela ce sont les gènes chromosomiques et tout cela vient des deux parents. Ce bébé ne ressemblera en rien à la donneuse."

  • Cette technique est-elle la seule possibilité pour éviter la transmission de certaines maladies héréditaires ?

Pr Axel Kahn, généticien et essayiste : "Le problème des maladies mitochondriales c’est que lorsqu’un spermatozoïde féconde un ovocyte, le spermatozoïde n’emporte pas avec lui de mitochondries donc moi j’ai les mitochondries de ma maman et vous aussi… Donc quand une femme a des mitochondries anormales, hélas, elle transmet cette maladie qui peut être très grave à 100% de ses descendants. Cette technique, que j’apparente à une thérapie cellulaire, est la seule possibilité d’offrir à cette femme une filiation biologique sans que ses enfants ne soient porteurs de la maladie."

  • Peut-il y avoir des risques pour la santé du bébé ?

Pr Axel Kahn, généticien et essayiste : "On ne peut jamais dire lorsqu’une technique est essayée qu’il n’y a aucune possibilité d’anomalies. Ce que l’on peut dire, c’est que les expériences menées chez les animaux ne permettent pas de prévoir des troubles de cet ordre. Malgré tout, il faudra évidemment suivre ces enfants. Mais il me semble que compte tenu de la situation, à savoir une mère qui transmet une maladie mortelle à 100% de ses descendants biologiques, l’incertitude est acceptable.Si je faisais partie du comité d’éthique et que j’avais à juger une demande française pour réaliser une telle expérience, mon avis serait favorable avec évidemment toutes les précautions requises et au cas par cas."