Forte fièvre, toux aiguë, courbatures... En quatre mois, la grippe a entraîné près de 4 millions de Français à consulter leur médecin. Au 17 février, on compte 990 cas pour 100 000 habitants, le seuil épidémique étant fixé à 159 cas. L'an dernier à la même époque, seuls 310 cas avaient été comptabilisés. Une progression du virus qui devrait même grever le budget de la Sécu de 40 millions d'euros, d'après Les Echos. Le docteur Isabelle Bonmarin, coordinatrice de la surveillance de la grippe à l'Institut national de veille sanitaire (InVS), explique à francetv info en quoi cette épidémie est exceptionnelle.

Francetv info : Peut-on parler d'épidémie de grippe exceptionnelle ?

Isabelle Bonmarin : Pas du tout ! Avec presque 4 millions de consultations, on a affaire à des chiffres assez classiques. Ce qui provoque la forte évolution du nombre de cas par rapport à l'an dernier, c'est surtout parce que les épidémies de grippe ont été très faibles ces trois dernières années. En revanche, ce qui est beaucoup plus rare, c'est la durée de l'épidémie pour l'hiver 2012-2013. Habituellement, le pic épidémique est atteint trois à quatre semaines après le début des contaminations. Or cette année, nous en sommes à neuf semaines, et le pic n'a pas encore été atteint. Cela fait douze ans que je travaille à l'InVS, je n'ai jamais vu ça. Mes collègues du réseau Sentinelle évoquent une durée jamais vue depuis trente ans.

Pourquoi l'épidémie est-elle si longue ?

C'est sûrement parce qu'elle a débuté juste avant les vacances de Noël, qui ont ralenti la progression du virus. Et à la rentrée de janvier, les températures douces ont également permis une stagnation des contaminations, avant que la vague de froid n'entraîne une forte augmentation du nombre de cas. Un autre facteur a rendu l'épidémie plus virulente : habituellement, les deux sortes de grippe, A et B, sont décalées, ou ne sont pas aussi fortes l'une que l'autre. Cette année, les deux virus frappent en même temps, quasiment dans les mêmes proportions.

Combien de temps va-t-elle encore durer ?

On subodore que le pic épidémiologique est proche. On croyait que c'était pour la semaine dernière, pendant laquelle 1018 cas pour 100 000 habitants ont été relevés. Mais les chiffres de cette semaine restent très proches. Ce qui signifie aussi qu'une décrue devrait s'amorcer prochainement. Une chose est sûre, il faut compter au moins deux à trois semaines pour retomber en-dessous du seuil épidémique. Et les vacances d'hiver vont y contribuer.

Pourquoi les vacances scolaires sont-elles bénéfiques pour endiguer l'épidémie ?

Parce que ce sont les enfants qui propagent le plus la grippe. Les salles de classes sont des endroits où le virus germe bien au chaud, se développe et circule beaucoup. Les enfants le disséminent ensuite dans leurs familles. Mais ce n'est pas totalement sûr que les vacances aient une incidence cet hiver, car les enfants sont moins touchés.

L'épidémie de gastro-entérite a été moins virulente cette année. Y a-t-il un rapport ?

Je ne tirerai aucune conclusion là-dessus. En revanche, la longueur de l'épidémie de grippe nous laisse craindre une épidémie bactérienne de grande ampleur juste après. Je pense notamment aux infections à méningocoques, qui sont toujours renforcées par le virus de la grippe, et qui peuvent provoquer des septicémies ou des méningites. Il va falloir être attentif.

Que faut-il faire pour éviter d'être touché par l'épidémie de grippe ? Se faire vacciner ?

Il est un peu tard pour se faire administrer un vaccin car il n'agit qu'au bout d'un mois. Or l'épidémie devrait être achevée d'ici là. Avant tout, il faut évidemment éviter tout contact avec un malade ! Il faut ensuite bien se laver les mains, plusieurs fois par jour. Les malades doivent, eux, éviter les contacts avec les populations à risques comme les personnes âgées ou les personnes atteintes de maladies respiratoires. Il faut aussi utiliser des mouchoirs jetables et ne pas oublier de les jeter. Enfin, si vous travaillez avec des personnes à risque, dans une crèche par exemple, n'allez pas travailler ! Et si vous ne pouvez pas renoncer au travail, portez un masque. Aujourd'hui ce n'est pas très bien accepté chez nous, contrairement aux pays asiatiques, mais c'est la seule solution.