Un mal de tête, quelques éternuements, la gorge qui gratte... Dès l'automne, les premiers rhumes surgissent, et avec eux, les publicités pour les cures anti-fatigue. Mais attention à ne pas prendre n'importe quoi : souvent vanté, le cocktail de vitamines peut se révéler être un mauvais réflexe, selon un article du docteur Chris van Tulleken publié sur le site de la BBC (en anglais), jeudi 17 octobre. L'occasion pour francetv info de démêler le vrai du faux sur le sujet.

Les vitamines, c'est quoi ?

C'est une "substance organique active, vitale, indispensable en infime quantité à la croissance et au bon fonctionnement de l'organisme, qui ne peut en effectuer lui-même la synthèse", selon le dictionnaire Larousse. Généralement, on sépare les vitamines en deux groupes : les vitamines hydrosolubles (solubles dans l'eau) et les vitamines liposolubles (solubles dans les graisses), comme l'explique cette vidéo.

Nous avons donc besoin de vitamines pour être en bonne santé : toute carence a des conséquences néfastes. Par exemple, un manque de vitamine B2 peut provoquer des lésions des lèvres, de la langue et des yeux. Consommer des vitamines est donc utile pour éviter une carence et renforcer ses défenses immunitaires. "Les fruits apportent des micronutriments, vitamines et antioxydants qui s'opposent aux radicaux libres pour renforcer les défenses immunitaires", souligne Arnaud Cocaul, nutritionniste à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière dans un article du Monde. Mais ces vitamines ne permettent pas de soigner une maladie. 

L'excès de vitamines peut-il être dangereux ?

Oui : la carence en vitamines a des effets néfastes sur la santé, mais le surplus aussi. "La vitamine A est un des facteurs d'augmentation des cancers du poumon. Un excès de zinc réduit les défenses immunitaires. Une prise excessive et à long terme de manganèse créent des troubles musculaires et nerveux chez les personnes âgées. La niacine, présente dans la vitamine B3, a un impact dans la destruction des cellules, etc.", indique Chris van Tulleken.

"Durant de nombreuses années, nous avons utilisé ces vitamines sans connaître leurs effets. Nous disposons de nombreuses données montrant qu'une carence de certaines vitamines est néfaste, mais cela ne veut pas dire qu'en absorber beaucoup est bénéfique", expliquait en 2011 le Dr Toren Finkel, directeur du Centre de médecine moléculaire aux Instituts nationaux de la santé (NIH), à l'Agence France-Presse.

Pourquoi pense-t-on que la vitamine C soigne les rhumes ?

Parce que Linus Pauling, un Américain titulaire de deux prix Nobel, un en chimie en 1954 et celui de la paix en 1962, et auteur de La vitamine C contre le rhume, en 1970, a répandu cette idée, répond Chris van Tulleken. "Difficile d'imaginer quelqu'un de plus crédible et avec autant de poids", commente-t-il.

"Tout commence en 1966, explique de son côté Paul Offit, un pédiatre américain, dans un livre publié en juin et cité par Slate. Linus Pauling a alors 65 ans et il reçoit une lettre d'un biochimiste, Irwin Stone, qui lui explique que s'il suit ses recommandations et qu'il prend 3 000 milligrammes de vitamine C par jour, il pourra vivre au moins vingt-cinq ans de plus. De là part la fascination de Pauling pour la vitamine. Rapidement, il remarque que, depuis qu'il prend de la vitamine C, il n'attrape plus ces gros rhumes dont il souffrait avant. Il augmente les doses pour arriver à 18 000 milligrammes par jour." 

Paul Offit ajoute : "Au moins quinze études ont montré que la vitamine C ne soigne pas le rhume." Linus Pauling prenait aussi d'autres vitamines en grande quantité, notamment de la vitamine E. Or, il est mort (à l'âge de 93 ans, tout de même) d'un cancer de la prostate en 1994. Le 11 octobre 2011, une étude publiée aux Etats-Unis indiquait une augmentation de 17% du risque de cancer de la prostate chez des hommes prenant de la vitamine E à haute dose.

"Il y a un grand nombre de personnes qui ont la foi, presque comme une religion, en leurs vitamines", explique David Schardt, nutritionniste américain interrogé par l'AFP. Cette attitude est encouragée par une industrie qui pèse 20 milliards de dollars (14,6 milliards d'euros) par an aux Etats-Unis, où la moitié de la population consomme ces compléments alimentaires.

Que faut-il faire pour rester en forme pendant l'hiver ?

Bien se nourrir suffit. Patsy Brannon, professeur de nutrition à l'université Cornell de New York (Etats-Unis), note que ce sont plus souvent les personnes se nourrissant bien et choisissant des aliments vitaminés qui prennent des compléments de vitamines. Ainsi, ils peuvent très vite atteindre des doses élevées et potentiellement risquées. 

Mais, pour la population générale, un régime alimentaire sain, composé de légumes et de fruits riches en fibres ainsi que de protéines animales, fournit les vitamines et les micronutriments nécessaires, indique Patsy Brannon dans une interview à l'AFP. Les carences en vitamines et en sels minéraux sont assez rares et surviennent essentiellement dans les milieux défavorisés ou les pays pauvres.

Il y a aussi une grande différence entre les vitamines synthétiques et naturelles, note le journaliste Anthony Gucciardi dans un article publié dans la revue Natural Society (en anglais), le 27 décembre 2011. Les ingrédients de synthèse et les produits de remplissage contenus dans les vitamines en gélule, capsules ou ampoules, peuvent endommager l'organisme, selon lui. "La version synthétique de la vitamine E (...) est capable de perturber le système endocrinien, tandis que la vitamine E naturelle est efficace contre le vieillissement, le stress oxydatif, et des centaines d'autres affections", estime-t-il.

Donc, si on veut garder la forme en hiver, il vaut mieux privilégier certains fruits de saison, sans exagérer, comme l'explique Catherine Fournier sur son blog Attention manger. Elle liste l'ananas, la banane, le citron, la clémentine, les fruits de la passion, la goyave, la grenade, le kaki, le kiwi, le litchi, la mandarine, la mangue, le pamplemousse, la papaye, l'orange...

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Y a-t-il des exceptions ?

Toutefois, note le Dr Chris van Tulleken à la fin de son article, le National institute for health and clinical excellence recommande des compléments alimentaires pour certaines personnes prédisposées aux carences.

Si vous êtes enceinte de plus de 12 semaines ou que vous venez d'accoucher. Les besoins en acide folique des femmes enceintes ou qui allaitent sont plus importants. Ils sont contenus dans la vitamine B9 et vitamine D.

Si vous avez un enfant âgé de 6 mois à 4 ans. Il ne faut pas hésiter à compléter leur alimentation avec les vitamines A, C et D. "C'est une précaution à prendre parce que les enfants en pleine croissance peuvent ne pas en avoir assez, surtout ceux qui n'ont pas un régime alimentaire équilibré et dont les goûts alimentaires sont compliqués", explique Chris van Tulleken.

Si vous n'êtes pas très exposé au soleil. Les personnes qui sortent peu de chez elles, ou les femmes voilées dont la peau est très peu exposée aux rayons du soleil, manquent de ce fait de vitamine D et s'exposent à des pathologies osseuses et à des maladies osseuses, comme francetv info l'explique dans cet article. La vitamine D est en effet produite par le corps principalement sous l'action des rayons ultraviolets UVB sur la peau. Donc il ne faut pas se priver de s'exposer entre avril et septembre, mais attention à le faire avec prudence, car le soleil favorise les tumeurs de la peau.

Si vous avez plus de 65 ans. Privilégiez la vitamine D : elle prévient efficacement l'ostéoporose chez les personnes âgées.

Si vous n'êtes pas dans ces cas, mieux vaut consulter son médecin avant de prendre des vitamines en gélule, capsules ou ampoules. Et les consommer avec modération.