Les cosmétiques pour bébés comportent encore trop de substances chimiques

C'est ce que déplore une ONG dans une étude à paraître ce lundi. En cause, notamment, les lingettes et les produits moussants.

L'étude de l'ONG Women in Europe for a Common Future (WECF) montre que les ingrédients incriminés se retrouvent très souvent dans les lingettes pour bébés. 
L'étude de l'ONG Women in Europe for a Common Future (WECF) montre que les ingrédients incriminés se retrouvent très souvent dans les lingettes pour bébés.  (MAXPPP)
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Shampooings, lotions, laits nettoyants, lingettes... Les cosmétiques utilisés pour les bébés comportent encore trop de substances chimiques potentiellement dangereuses ou allergènes, déplore l'ONG Women in Europe for a Common Future (WECF), dans une étude à paraître lundi 15 février. Cette association repose sur un réseau de 150 organisations environnementales et féminines présentes dans 50 pays.

L'ONG a passé au crible, en juillet et août 2015, 341 produits cosmétiques pour bébés, vendus en France dans les pharmacies, parapharmacies, supermarchés et magasins biologiques. Sur la base des études scientifiques et des évaluations des autorités sanitaires de l'Union européenne (comité scientifique pour la sécurité des consommateurs) et française (Agence nationale de sécurité du médicament), cette ONG a classé les ingrédients qui composent ces produits selon trois catégories : "risque élevé", "risque modéré" et "risque faible ou non identifié".

Un nombre croissant d'irritations et d'eczémas

Les résultats de cette enquête montrent qu'une grande majorité de produits, 299 sur 341, sont composés d'ingrédients à "risque élevé". On retrouve en effet un allergène par contact (la méthylisothiazolinone ou MIT) dans 19 produits, dont sept lingettes, un conservateur soupçonné d'effets toxiques sur la reproduction (le phénoxyéthanol) dans 54 produits, dont 26 lingettes, ainsi que des parfums, "impliquant des risques potentiels d'allergies", dans 226 produits, s'inquiète WECF.

Dès décembre 2012, la Société française de dermatologie avait révélé que le MIT, conservateur très largement utilisé dans les cosmétiques en remplacement des parabens (eux-mêmes accusés d'être des perturbateurs endocriniens), entraînait un nombre croissant d'irritations et d'eczémas. En septembre 2014, Bruxelles avait d'ailleurs imposé de réduire son usage, sans toutefois l'interdire. Finalement, "seul le liniment [un mélange d'huile d'olive et d'eau de chaux] ne présente aucune substance à risque élevé", commente Elisabeth Ruffinengo, responsable projets santé-environnement de WECF.

Des parfums omniprésents

L'ONG a en outre retrouvé quatre ingrédients ou familles d'ingrédients classés à "risque modéré" dans 181 produits : l'EDTA, un composé très présent dans les produits moussants (shampooings et produits pour le bain), des sulfates (laureth et lauryl sulfate), qui sont des agents moussants potentiellement irritants, ainsi que des huiles minérales, issues de la pétrochimie, pouvant être contaminées par des impuretés et des nanoparticules, "dont les effets sont encore mal évalués". L'EDTA a été retrouvé dans 87 produits, dont 30 lingettes ; les sulfates dans 50 produits, en grande majorité des produits pour le bain et des shampooings ; les huiles minérales dans 30 produits, majoritairement des crèmes et lotions ; enfin, les nanoparticules, dans 14 produits solaires.

WECF demande "l'interdiction des trois ingrédients à risque élevé dans tous les cosmétiques destinés aux enfants de moins de 3 ans". "On a été très surpris par l'omniprésence de parfums dans la quasi-totalité des produits", alors que cet ingrédient, totalement superflu, peut causer des allergies de contact, souligne Elisabeth Ruffinengo. 

Les lingettes particulièrement toxiques

Car la peau du bébé est fragile. "Son pH est neutre durant les premières semaines et elle n'est pas encore protégée par le film hydrolipidique qui met les cellules à l'abri des influences extérieures. Elle est aussi plus perméable que celle de l'adulte, car les cellules de l'épiderme ne sont pas encore suffisamment soudées les unes aux autres", explique l'ONG. En outre, chez le bébé, la zone du siège, souvent humide et chaude, est particulièrement sensible "car elle favorise l'absorption des substances par voie cutanée". Or, l'étude montre que les ingrédients incriminés se retrouvent très souvent dans les lingettes. "C'est très inquiétant. Les lingettes sont très utilisées car elles sont pratiques, sans rinçage, transportables partout", relève Elisabeth Ruffinengo.

En octobre 2013, l'association de consommateurs UFC-Que Choisir avait passé au banc d'essai 27 lingettes pour bébés et avait constaté que 94% des lingettes testées pourraient être nocives. L'ANSM avait elle-même recommandé en 2012, "à titre de précaution", de ne pas utiliser des lingettes pour bébés contenant du phénoxyéthanol, ce même conservateur classé à risque élevé par WECF.