"Il y a un danger pour nos enfants" : à Montreuil, des habitants se mobilisent contre une usine qu'ils estiment toxique

Des parents d'élèves et des riverains réclament la fermeture immédiate d'une usine de Montreuil (Seine-Saint-Denis). L'entreprise est située dans un quartier résidentiel et près d'une école. 

L\'usine SNEM de Montreuil a été taguée par des personnes qui estiment qu\'elle est \"toxique\" pour les riverains.
L'usine SNEM de Montreuil a été taguée par des personnes qui estiment qu'elle est "toxique" pour les riverains. (FARIDA NOUAR / RADIO FRANCE)
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Farida NouarfranceinfoRadio France

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Des parents d'élèves et des riverains de Montreuil (Seine-Saint-Denis) sont mobilisés contre une usine qu'ils jugent toxique. L'entrepôt de la SNEM menacerait selon eux la santé des habitants, parce qu'il est situé dans un quartier résidentiel et tout près d'une école. Ils réclament aujourd'hui la fermeture immédiate de l'entreprise. La préfecture assure que les analyses sont rassurantes.  

Des produits jaunes et verts qui dégoulinent 

Pour alerter les parents d'élèves, des affiches ont été collées sur la façade de l'école primaire Jules-Ferry de Montreuil, située à 60 mètres de l'entreprise, et dans tout le quartier. Toutes dénoncent la toxicité de l'usine, spécialisée dans le traitement des pièces mécaniques d'avions. Pour les parents venus récupérer leurs enfants pour la pause déjeuner, l'inquiétude est bien là. "Je suis rentré dans l'usine pour voir, raconte le père d'un élève. Il y a une banderole avec une inscription 'Produits chimiques' et ce n'est pas très bien protégé." Il est affirmatif : "Il y a un danger pour nos enfants." Un autre parent d'élève est préoccupé pour la santé des habitants. "Avec les récents cas de leucémie qu'on a eu à proximité, c'est évidemment inquiétant." 

A Montreuil, des riverains et des parents d\'élèves sont mobilisés contre une usine qu\'ils considèrent comme \"toxique\". 
A Montreuil, des riverains et des parents d'élèves sont mobilisés contre une usine qu'ils considèrent comme "toxique".  (Farida Nouar / FRANCEINFO)

Certains riverains ont redécoré l'usine pour alerter sur sa dangerosité, avec des tags et des têtes de mort. "Les tôles vertes sont défoncées avec des ventilations qui ne tiennent plus", dénonce Nicolas Barrot, qui habite juste en face. Il préside aussi l'association Les Buttes à Morel, une association de riverains qui alerte les pouvoirs publics depuis 12 ans sur la dangerosité supposée de l'usine. Il désigne des petites trappes située sur la façade de l'usine : "C'est ici qu'avant, ils déversaient les acides quand ils venaient chercher les acides usagés", raconte-t-il. Il assure que les preuves de toxicité sont évidentes. "La bouche d'extraction dégouline de produits jaunes et verts. Il arrive souvent que ça sente une forte odeur âcre d'acide qui serait caractéristique du chrome 6 ou du perchloroéthylène." 

Trois fois la concentration autorisée de chrome 6

Selon la préfecture de Seine-Saint-Denis, qui a fait effectuer des analyses, il n'y a aucun risque pour la population. Pourtant, du chrome 6, considéré comme cancérigène, a été retrouvé dans l'usine cet été. Il était présent en grande quantité : trois fois la limite autorisée dans l'air. Interdit depuis le 21 septembre, le chrome hexavalent (son autre nom) est pourtant toujours utilisé par Airbus, un des clients de la SNEM, qui a obtenu une dérogation pour continuer à l'employer. 

Face à cette polémique, les salariés de l'usine sont dans une situation de plus en plus compliquée. "Il y a des informations contradictoires, donc on ne sait pas. On est un peu perdu", assure Mathieu, l'un des treize employés de l'entreprise. Il assure ne pas être insensible aux inquiétudes des riverains. "Ça nous touche aussi, on aimerait que ça se passe autrement."

Je suis inquiet pour ma santé mais, à partir du moment où mes responsables me disent qu'il n'y a aucun risque, je ne peux pas m'arrêter. C'est notre gagne-pain.

Mathieu, un des salariés de la SNEM

à franceinfo

Cependant, pour les riverains, il n'y a qu'une issue possible. "Le principe de précaution doit s'appliquer, c'est-à-dire une fermeture provisoire, a minima pour protéger les populations, les salariés et l'environnement", estime Antoine Peugeot, un parent d'élève membre de la FCPE. La préfécture organisera prochainement une nouvelle réunion pour donner le résultat de l'ensemble de ses analyses