Des traces d'iode radioactive détectées dans l'air, en France et en Europe

Des niveaux très faibles d'iode 131 ont été decelés, depuis janvier, par plusieurs stations scientifiques européennes. Il pourrait s'agir d'un rejet industriel, émis hors du territoire européen.

Un scientifique tend un compteur Geiger près de la zone d\'exclusion de Tchernobyl, en Ukriaine, le 1er décembre 2016.
Un scientifique tend un compteur Geiger près de la zone d'exclusion de Tchernobyl, en Ukriaine, le 1er décembre 2016. (FABIEN BRUGGMANN / BIOSPHOTO / AFP)
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Julie RasplusFrance Télévisions

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Elles ont été détectées, courant janvier, un peu partout en Europe. Des traces d'iode radioactif ont été enregistrées depuis la première semaine de janvier dans plusieurs pays européens, dont la France, a affirmé l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), dans un communiqué publié lundi 13 février. L'iode 131 est un élément radioactif qui expose aux risques d'irradiation lorsqu'il est relâché à fortes doses par accident, nucléaire par exemple. Mais il est aussi utilisé à des fins médicales à plus faible dose. 

L'IRSN a été alerté de cette pollution radioactive par le réseau européen Ring of Five, regroupant des organismes scientifiques en charge de la surveillance radiologique de l'atmosphère. Depuis le 9 janvier, plusieurs stations européennes ont ainsi relevé des niveaux "extrêmement faibles" de présence d'iode 131 dans l'air. Les premières traces ont été détectées en Norvège, puis en Finlande, en Pologne, en Allemagne ou encore en France. Les niveaux relevés, tous de l'ordre du microbecquerel par mètre cube, ne représentent pas de danger pour la santé, assure l'IRSN.

La piste d'un rejet industriel

Il s'agit toutefois d'un "événement relativement exceptionnel", souligne Olivier Masson, spécialiste de la surveillance atmosphérique à l'IRSN, contacté par franceinfo. "Depuis 2010, il n'y a eu qu'une dizaine d'événements comme ça qui ont fait l'objet d'un signalement au niveau européen", rappelle ainsi le chercheur. Le dernier épisode significatif en date remonte à début 2011, en raison des retombées radioactives de l'accident de Fukushima, au Japon. A titre de comparaison, ces dernières "étaient environ 10 000 fois supérieures à celles mesurées en janvier 2017", relève l'association Criirad dans un communiqué (PDF). 

Mais alors, d'où proviennent ces mystérieuses traces décelées depuis début janvier ? Si l'IRSN attend de recevoir de nouvelles données en provenance de certains pays, l'hypothèse d'un rejet industriel semble se dessiner. "Cela ressemble plus à un rejet continu qu'à un rejet instantané, même si on a reçu des valeurs un peu plus faibles dernièrement", analyse ainsi Olivier Masson.

Pour lui, le rejet a dû se produire assez loin de la France et d'autres pays européens, "probablement hors du territoire strictement européen". En effet, les traces ont été détectées, au niveau du continent européen, à peu près en même temps et aux mêmes niveaux. "Cela signifie que le rejet a eu le temps de se disperser", décrypte le scientifique. 

Sans la météo, ce serait passé "inaperçu"

Enfin, les conditions météorologiques, qui ont participé à l'épisode de pollution aux particules fines, ont de la même manière joué un rôle dans la détection de ces niveaux d'iode 131. "Sans cela, elles seraient passées inaperçues car on est très proche des limites de détection des appareils", assure Olivier Masson. En outre, la météo livre un nouvel indice sur la localisation : au début de l'année, "on était sous un régime de vents d'est", ce qui laisse donc à penser "que la source se situe plus à l'est qu'à l'ouest de l'Europe"

Si la piste du rejet industriel est confirmée, l'événement rappellera un épisode similaire survenu en octobre-novembre 2011, bien après les retombées de Fukushima. Des traces d'iode 131 avaient alors été décelées dans plusieurs pays européens, un peu comme en janvier. L'enquête avait finalement permis de remonter à un institut de production de radionucléides pour des produits pharmaceutiques, situé dans la région de Budapest (Hongrie), victime d'un rejet accidentel.

Comme le rappelle l'association Criirad, de nombreuses installations sont en effet autorisées à rejeter de l'iode 131 dans l’atmosphère, dans la limite des normes autorisées. C'est le cas des centrales électronucléaires, les usines de retraitement comme celle de La Hague (Manche) ou encore les installations liées à l'utilisation d'iode 131 dans le domaine médical. Les rejets accidentels, aussi infimes soient-ils, sont autant d'occasions de le rappeler aux Français et à leurs voisins Européens vivant à proximité.