Déchets déversés par ArcelorMittal : "Il y a une toxicité pour l'homme", selon un spécialiste des risques industriels

L'usine ArcelorMittal de Florange est soupçonnée d'avoir fait déverser de l'acide dans un dépotoir, au lieu de le recycler. Pour Eric Thibault, spécialiste des risques industriels, une pollution de ce genre présente une "toxicité pour l'homme".

France Bleu
avatar
franceinfoRadio France

Mis à jour le
publié le

Un chauffeur de camion d'une entreprise sous-traitante de l'usine ArcelorMittal de Florange en Moselle affirme avoir utilisé le crassier de l'usine sidérurgique de l'entreprise, pour déverser des centaines de mètres cubes d'acide dans la nature pendant trois mois, jusqu'en février dernier, au lieu de le recycler. La direction d'ArcelorMittal a ouvert une enquête interne. Elle évoque des faits isolés et envisage de porter plainte, en assurant qu'il n'y a pas de risque sanitaire pour les populations. Pourtant, Eric Thibault, responsable du pôle dangers et impacts sur l’environnement à l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris), estime, mardi 4 juillet sur franceinfo, qu'il existe un danger pour l'homme.

franceinfo : Qu'est-ce qu'un crassier et quelles sont les autorisations nécessaires ?

Eric Thibault : Un crassier, c'était - puisque ce n'est plus autorisé à ce jour - un lieu de stockage de déchets sur un site métallurgique. Ce n'est pas un milieu naturel. C'est un milieu dans lequel il n'y a pas de vie. C'est une installation classée pour l'environnement. Elle est donc soumise à une autorisation d'exploitation de l'Etat. La préfecture donne une autorisation d'exploitation avec un cadre d'autorisation. Tout cela est soumis à des contrôles par l'autorité qui vérifie si l'arrêté d'exploitation est bien suivi.

Quels sont les risques liés à ce type de rejet ?

Un premier risque est lié à l'acide lui-même, à son acidité. Ce sont des produits corrosifs qui vont entraîner une toxicité vis-à-vis des organismes vivants et donc pour l'homme. Le deuxième risque est lié au fait que cet acide n'était pas pur. Il y avait sûrement des polluants, des contaminants à l'intérieur pouvant avoir leur propre toxicité. Après, on a un effet entre l'acide et les polluants présents qu'il faudrait évaluer. Une autre conséquence est moins rapide. Elle vient du fait que quand on acidifie un milieu on remet à disposition un certain nombre de polluants qui peuvent être stockés dans les sédiments et dont la toxicité peut réapparaître.

Un ancien intérimaire d\'une entreprises sous-traitante pour ArcelorMittal à Florange affirme avoir déversé de l\'acide dans le crassier du site pendant trois mois. 
Un ancien intérimaire d'une entreprises sous-traitante pour ArcelorMittal à Florange affirme avoir déversé de l'acide dans le crassier du site pendant trois mois.  (PIERRE HECKLER / MAXPPP)