Alimentation, hygiène, ménage... Comment se protéger des perturbateurs endocriniens au quotidien

Des solutions simples existent pour moins s'exposer à ces substances chimiques qui bouleversent l'équilibre hormonal. Franceinfo vous les liste.

Dans un supermarché, à Coutances (Manche), le 18 août 2015.
Dans un supermarché, à Coutances (Manche), le 18 août 2015. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)
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Marie-Adélaïde ScigaczFrance Télévisions

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"La première réaction des gens que nous rencontrons, c'est de dire : 'Mais pourquoi les perturbateurs endocriniens sont-ils autorisés ?' Et la seconde : 'Mais il y en a partout, c'est l'horreur !'" Sandrine Gras, porte-parole de l'association Générations cobayes, s'est donné pour mission d'informer pour dédramatiser. Bisphénol, phtalates, pesticides... Ces substances chimiques modifient l'équilibre hormonal des personnes qui y sont exposées, à des doses plus ou moins néfastes. Et oui, "il y en a partout" ou presque : dans l'alimentation, les cosmétiques, les produits d'entretien, etc.

Mardi 28 février, la Commission européenne doit voter sur la définitiion qu'elle donnera à ces additifs chimiques omniprésents. En mai 2016, l'association Alerte des médecins sur les pesticides (AMPL), qui rassemble 1 600 médecins, avait lancé une campagne de prévention, invitant les professionnels de santé à sensibiliser leurs patients, à commencer par les jeunes et les futurs parents – les nourrissons étant particulièrement vulnérables. Car il existe des moyens de limiter son exposition à ces détraqueurs d'organisme. "Des solutions simples et très concrètes", promet Sandrine Gras. En voici quelques-unes.

Cuisinez davantage (si possible des produits bio)

"80% de l'exposition aux perturbateurs endocriniens se fait par le biais de l'alimentation", explique Sandrine Gras. Ainsi, bien choisir ce que l'on ingurgite permet de limiter les risques, essentiellement liés à l'utilisation de pesticides ou de conservateurs. Deux options possibles : scruter les étiquettes ou, plus simple, se référer aux labels, et notamment le label français "Agriculture biologique", plus strict que son équivalent européen. "Cela concerne surtout les fruits et légumes : certains sont plus exposés aux pesticides que d'autres, comme les fraises, ou les tomates."

"Il faut plus généralement éviter les produits transformés qui contiennent plus systématiquement des additifs alimentaires", poursuit la porte-parole de Générations cobayes. Mieux vaut s'en passer dans la mesure du possible, tout comme les plats préparés. "Le 'faites-le vous-même' est très important. On sait ce que l'on mange, c'est plus simple et aussi moins cher", résume-t-elle, sans blâmer les plus pressés d'entre nous, parfois contraints de se faire réchauffer en vitesse un hachis parmentier : "Dans ce cas-là, on peut faire 'moins pire' : il suffit de ne pas réchauffer le plat dans le contenant en plastique dans lequel il est vendu, mais dans une assiette."

A l'inverse, si l'on se prépare un petit plat, il serait dommage de tout gâcher en le faisant chauffer dans un Tupperware ou autre Bento. Car l'autre grand vecteur de perturbateurs endocriniens, ce sont les emballages.

Evitez les emballages en plastique

Le verre est votre ami, tout comme le vrac, de plus en plus prisé. Si les emballages plastiques sont à éviter, les bocaux, eux, ne craignent rien (en plus d'être réutilisables). Lorsqu'un emballage en plastique contenant du bisphénol ou des phtalates est chauffé, certaines molécules migrent dans le contenu, prévient Sandrine Gras. Or, "si le bisphénol A a été interdit en France en 2015, une enquête du Réseau environnement santé a démontré que des traces de ce perturbateur avaient été retrouvées sur des canettes de soda". D'où l'appel à la vigilance. "Sans oublier que d'autres bisphénols, ou encore des phtalates, ne sont quant à eux pas interdits."

"Les industriels mettent en avant le fait que les quantités retrouvées sont infimes, donc inoffensives. Mais ils occultent le fait que nous y sommes exposés toute la journée, dans de très nombreux produits, ce qui nous conduit à dépasser la dose inoffensive", assure la jeune femme. La plupart des gestes conseillés n'ont rien de révolutionnaire, martèle-t-elle, conseillant par exemple de préférer le papier sulfurisé à l'aluminium dans son four.

Ne vous tartinez pas avec n'importe quoi

En février, l'association UFC-Que Choisir avait publié une liste de 185 produits cosmétiques courants contenant des substances "préoccupantes", dont des allergènes, des composés toxiques ou encore des perturbateurs endocriniens. Il existe en fait une douzaine de substances à éviter – les Anglo-Saxons les appellent les "Dirty Dozen", soit les "douze salopards". Si vous êtes capables de retenir le mot "methylchloroisothiazolinone", vous pouvez les apprendre par cœur. Sinon, vous pouvez vous fier à la liste dressée par l'association de consommateurs. Là encore, "les labels bio sont à privilégier. Ils ne sont pas parfaits, mais reposent sur un cahier des charges plus strict".

Sandrine Gras rappelle quant à elle l'importance de mettre en doute le marketing. "Un produit qui déclare être 100% ou 98% naturel, mais qui ne possède pas de label, ne présente aucune garantie, souligne-t-elle. Dans ce domaine, il faut faire particulièrement attention au 'greenwashing'", une pratique commerciale qui consiste à utiliser des arguments environnementaux souvent trompeurs.

"Le vernis à ongles est le produit cosmétique qui contient le plus de perturbateurs endocriniens susceptibles de passer dans l'organisme", note Sandrine Gras. Selon une étude datée d'octobre 2015 et réalisée par des chercheurs de l’université de Duke (Etats-Unis), le triphenyl phosphate (TPHP) – un produit chimique utilisé pour rendre le vernis plus souple et améliorer sa tenue – passe sous la peau, jusqu'à se retrouver à une concentration élevée dans les urines jusqu’à 14 heures après la pose du vernis. "Il vaut mieux ne pas en porter tous les jours", conseille encore la responsable associative. Tout ce qui entre en contact avec la peau et avec les muqueuses – évidemment – se doit d'être le plus naturel possible.

Nettoyez votre maison comme le ferait votre grand-mère

Pour limiter son exposition aux perturbateurs endocriniens, rien de tel qu'un bon ménage de printemps. Et côté entretien de la maison, la solution tient en trois ingrédients : vinaigre blanc, bicarbonate de sodium et savon noir. "Toute la maison peut se laver avec cela, promet Sandrine Gras. Il suffit d'apprendre à s'en servir : pour des taches plus incrustées, par exemple, il faut utiliser de l'eau plus chaude, ou prendre du savon noir lorsqu'il s'agit de dégraisser."

Si la publicité nous a convaincus que de monstrueux germes grouillaient partout dans nos maisons, sachez que nous ne sommes pas sans cesse en contact avec des virus dangereux qu'il conviendrait de massacrer à l'eau de Javel. Pour Sandrine Gras, spécialiste des solutions naturelles, "nous avons été habitués à une certaine 'odeur de propre', qui en fait une odeur de produits toxiques. Si la maison ne sent rien, c'est normal". Et puis il existe aussi des huiles essentielles. 

Optez pour une déco en bois brut

Parmi les dangers ignorés : les composés perfluorés, avec lesquels sont souvent traités canapés et tapis. Ces perturbateurs de la glande thyroïde, selon Le Parisien, "causent, entre autres, la naissance de bébés de petit poids". Comme les tout-petits sont les plus sensibles à ces substances toxiques, il convient de privilégier "peintures et enduits naturels" dans leurs chambres. Le Parisien conseille également d'éviter les revêtements plastifiés pour le sol et les murs. Ces revêtements risquent de contenir des phtalates, également présents dans la plupart des jouets en plastique. Pour les meubles, enfin, il faudrait idéalement préférer le bois brut sans vernis.