TRIBUNE. "Offrons autre chose aux petites filles que des Barbie !"

Une exposition consacrée à la célèbre poupée se tient à Paris jusqu'à la mi-septembre. Un jouet qui ne plaît pas franchement à la blogueuse féministe Noémie Renard.

Des Barbie exposée au musée de la poupée de Gross Ilsede (Allemagne), le 30 septembre 2014.
Des Barbie exposée au musée de la poupée de Gross Ilsede (Allemagne), le 30 septembre 2014. (OLE SPATA / DPA / AFP)

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Non, Barbie ne doit pas être un modèle pour les petites filles. Alors qu'elle s'apprête à fêter son 60e anniversaire, la plus célèbre des poupées au monde pose ses valises à Paris pour plusieurs mois. Une vaste exposition lui est en effet consacrée au musée des Arts décoratifs, jusqu'au 18 septembre. Dans un entretien accordé il y a quelques jours à francetv info, la commissaire de l'exposition, Anne Monier, estimait que "contrairement à un cliché, Barbie représente une femme forte et indépendante. Elle veut montrer que l’on peut être ce que l’on veut dans la vie. C'est un support sur lequel une petite fille doit pouvoir projeter sa vie de femme". Des propos qui font réagir la blogueuse féministe Noémie Renard, auteure du blog Antisexisme.net. Elle s'exprime ici librement.

Les jeux et les jouets ne sont pas des choses anodines. Les enfants y décèlent des normes, des valeurs et des comportements. Alors interrogeons-nous un instant : quels enseignements les petites filles tirent-elles de la poupée Barbie ?

Un physique filiforme normalisé et survalorisé

La poupée Barbie sert de modèle aux fillettes en leur montrant ce que la société attend d'elles. Avec sa silhouette filiforme, ses jambes interminables et sa chevelure blonde, elle leur enseigne ce qui est désirable en termes d’apparence physique. Tout récemment, Mattel a sorti des modèles à la couleur de peau et aux morphologies plus variées. C'est incontestablement positif. Mais il suffit de se rendre sur le site de la marque pour s'apercevoir que la poupée blonde et mince reste la "véritable Barbie" principalement mise en valeur.

Certes, il existe des Barbie astronautes ou vétérinaires, mais leurs compétences compte moins que leur look : l'apparence physique des poupées présentées sur le site web compte pour une large partie de la description.

On a d'un côté les Barbie "merveilleuses" (les princesses, les fées et les sirènes), et de l'autre les Barbie "à la mode" ("glamour", "robes de soirée", "paillettes et style"). Et si les Barbie agent secret semblent sortir un peu du lot, on se rend compte, en examinant bien les images qu’on nous propose, que les poupées présentées portent des tenues moulantes et sexualisées, et ne font finalement que prendre la pose. Idem pour la Barbie informaticienne, qui se déhanche sur l’image publicitaire. Ainsi, les panoplies de vétérinaire, d’astronaute ou d’espionne semblent s’apparenter davantage à de nouvelles tenues qu’à de véritables métiers.

Une étude (en anglais) indique que les petites filles âgées de 4 à 7 ans ont tendance à envisager moins de métiers qu'elles le feraient pour un garçon ("Je ne pourrai pas devenir pilote de ligne, mais un garçon, oui"). Elle montre également que cet écart entre carrières jugées plus adéquates pour les hommes que pour les femmes est plus important si les fillettes ont joué à la Barbie plutôt qu'à Madame Patate. Ses auteures émettent l’hypothèse qu’en jouant avec cette poupée, les petites filles intègrent l’idée qu’elles doivent être belles avant tout — ce qui les pousse à sous-estimer leurs compétences professionnelles.

Une culture qui pousse aux complexes

En survalorisant l’apparence physique et la séduction, les poupées Barbie contribuent à la culture de l’objectivation sexuelle. Séparée de son corps ou de ses fonctions sexuelles, la personne finit par être réduite à un simple objet par autrui ou considérée, évaluée et/ou traitée comme tel. Les femmes sont davantage concernées par cette objectivation, étant plus fréquemment évaluées en fonction de leur apparence physique, au détriment de leurs compétences ou de leur personnalité.

Une étude de psychologie sociale (en anglais) a ainsi montré que des fillettes âgées de 5 à 8 ans qui avaient lu une histoire illustrée avec des images de Barbie se sentaient moins satisfaites de leur corps qu'un groupe qui avait lu la même histoire, mais illustrée différemment.

Cette objectivation sexuelle est une véritable plaie pour les fillettes, les adolescentes et les femmes. Mais Barbie est très loin d’être la seule responsable : publicités, clips musicaux, films, séries, télévision, jeux vidéo ou pornographie y contribuent également. Chaque jour, nous sommes massivement exposé-e-s à ces représentations dégradantes vis-à-vis des femmes.

Néanmoins, Barbie occupe une place privilégiée dans cette culture de l’objectivation sexuelle : étant un jouet, elle est l’un des premiers vecteurs par lesquels les petites filles apprennent que leur apparence physique est ce qui compte le plus. De par sa popularité, elle est un élément-clé de la sociabilisation féminine. Notons que d’autres poupées ont fait leur apparition depuis les années 2000, comme les Bratz ou les Monster High, encore plus sexualisées que les Barbie. Il est temps d’apprendre aux petites filles qu’il n’y a pas que leur apparence qui compte et de valoriser enfin leur personnalité et leurs nombreux talents. Pour cela, offrons-leur autre chose que ces poupées !