Ados sur les sites pornos : "Personne ne veut vraiment prendre le problème à bras-le-corps", regrette Ovidie

La consultation de sites pornographiques est en hausse chez les 15-17 ans, selon une étude Ifop publiée lundi. Ovidie, auteure de "Pornocratie, les multinationales du sexe", dénonce l'inaction générale face à cette tendance. 

Ovidie, réalisatrice de l\'enquête Pornocratie, les multinationales du sexe et ancienne actrice et réalisatrice de films X, en janvier 2014. 
Ovidie, réalisatrice de l'enquête Pornocratie, les multinationales du sexe et ancienne actrice et réalisatrice de films X, en janvier 2014.  (COTTEREAU FABIEN / MAXPPP)
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Les adolescents sont de plus en plus exposés à la pornographie et de plus en plus jeunes, selon une étude Ifop, publiée lundi 20 mars. Ovidie, réalisatrice de l'enquête Pornocratie, les multinationales du sexe et ancienne actrice et réalisatrice de films X, regrette dans ce domaine l'inaction générale alors que "n'importe quel gamin peut tomber nez-à-nez face à ces vidéos".

franceinfo : Ces chiffres sont-ils le résultat de la diffusion de contenus pornographiques hors de tout contrôle ?

Ovidie : Ce qu'il faut comprendre, c'est le changement de moyens de consommation. Pendant très longtemps, les adolescents accédaient à la pornographie par des DVD ou avec le film de Canal Plus le samedi soir. Aujourd'hui, la majorité de la consommation passe par des sites de streaming qui sont construits sur le même modèle que YouTube. Ils diffusent des contenus 24h/24 sans aucune restriction et sans demander l'âge. N'importe quel gamin peut tomber nez-à-nez face à ces vidéos. Le porno se consomme sur les smartphones. Aujourd'hui, c'est hors de contrôle.

Quelle est la solution ?

Il ne faut pas interdire la pornographie en général. Dans le monde, les pays qui l'interdisent ne sont pas très démocratiques. Mais il faut faire respecter la loi française. En France, on n'a pas le droit de diffuser des films pornos aux mineurs à n'importe quelle heure du jour et de la nuit sans aucune restriction. C'est ce qui fait que les télévisions ne diffusent pas de film avant minuit et qu'il y a un double cryptage. Sur Internet, c'est le Far West.

Pourquoi cette loi n'est pas respectée ? Il y a une forme d'hypocrisie des pouvoirs publics ?

La première raison, c'est que tout le monde va tenir un discours public en disant que le porno ce n'est pas bien. Mais personne ne va agir. On va rester dans un discours très flou et très global, mais personne ne va se pencher sur les modes de consommation. Environ 95% de la consommation passe par ces sites-là, mais personne ne veut vraiment prendre le problème à bras-le-corps. Le deuxième problème, c'est que dès que cela touche à Internet, il va y avoir une levée de bouclier. Plein de gens ne veulent pas que le CSA puisse avoir son mot à dire sur ce qui est diffusé sur le web. Il est compliqué d'agir alors que techniquement le problème est réglé en cinq minutes. Les sites qui ne respectent pas la loi française pourraient être bloqués.

Comment cela se passe-t-il dans d'autres pays ?

Au Royaume-Uni ou en Suède, il y a des "pour" et des "anti-pornos". On ne peut pas dire, "on autorise tout" ou "on interdit tout". Au Royaume-Uni, ils galèrent tellement que le combat a été récupéré par des conservateurs. Ils se dirigent vers une interdiction totale. Ce n'est pas la solution. Ce n'est pas un débat qui doit être récupéré par des conservateurs. Il nous concerne tous. Le problème, c'est que cela formate les adolescents dans leur sexualité future et c'est ce qui est embêtant par rapport au sexisme, au rapport de genre et aux mauvais signaux que cela leur envoie.

Ados sur les sites pornos : "Personne ne veut vraiment prendre le problème à bras-le-corps", regrette Ovidie

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