Mois sans tabac : "On peut arrêter de fumer par le plaisir", affirme un tabacologue

Alors que débute mercredi la deuxième édition du mois sans tabac, Bertrand Dautzenberg, tabacologue et pneumologue l'hôpitâl la Pitié-Salpêtrière, estime qu'arrêter de fumer ne doit plus forcément passer par la souffrance. 

Des mégots s\'entassent dans un cendrier, le 21 octbre 2016, à Arras. 
Des mégots s'entassent dans un cendrier, le 21 octbre 2016, à Arras.  (MAXPPP)
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franceinfoRadio France

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La 2e édition du mois sans tabac a été lancée mercredi 1er novembre. Objectif : aider de manière ludique les 16 millions de fumeurs français à arrêter définitivement la cigarette. Pour Bertrand Dautzenberg, tabacologue et pneumologue l'hôpitâl la Pitié-Salpêtrière, à Paris, "on peut arrêter par le plaisir". Il ajoute que la volonté seule est une souffrance inutile.

franceinfo : faut-il se faire aider pour arrêter de fumer ?

Bertrand Dautzenberg : On peut aider colossalement les fumeurs à arrêter de fumer. C'est de l'histoire ancienne quand on demandait aux fumeurs de faire des efforts. Quand on est en hypoglycémie, on prend un sucre, quand on est en hyponicotinémie, on prend de la nicotine non fumée avec des patches, avec de la cigarette électronique à bonne dose, avec des gommes à nicotine, éventuellement avec des médicaments de prescription type Champix. On peut tout à fait arrêter de fumer sans souffrance. Lutter contre l'hyponicotinémie par la volonté est une souffrance totalement inutile. On peut arrêter par le plaisir. Quand on est capable de fumer une cigarette en entier alors qu'on prend des substituts nicotiniques ou la cigarette électronique, c'est qu'on est sous-dosé en nicotine non fumée. Il ne faut pas avoir peur de la nicotine. Il faut être totalement effrayé par le tabac fumé, en particulier par la cigarette.

Arrêter en groupe, c'est aussi ce que promeut ce mois sans tabac. Est-ce une méthode efficace ?

Cela aide de façon considérable à se lancer dans l'arrêt du tabac. Après, chacun est un petit peu différent. Ceux qui fument seulement l'après-midi ou le soir sont peu dépendants et là c'est vraiment une question de volonté. Ceux qui fument dans l'heure du lever, voire avant le café pour les plus accrochés, sont souvent des gens qui ont commencé à fumer adolescents. Ils ont acquis la maladie chronique et la dépendance tabagique comme une maladie pédiatrique. Ceux-là sont des victimes de la dépendance. Il faut surtout qu'ils prennent les doses de nicotine qu'il faut. On peut les prendre tout seul avec la cigarette électronique ou en achetant soi-même des substituts nicotiniques. C'est mieux accompagné par un professionnel de santé. Arrêter tous ensemble permet de s'aider et de se donner des bons conseils. Il y a plein d'idées préconçues sur la dangerosité de l'arrêt du tabac. Le tabac est une cause de stress. Fumer une cigarette, à la seconde, vous déstresse mais deux minutes après vous êtes encore plus stressés. Le tabac est aussi une cause de dépression. Les fumeurs sont trois fois plus déprimés que les autres. Quand ils arrêtent, ils sont moins déprimés. 

Offrir des jours de congés supplémentaires aux salariés qui arrêtent de fumer comme le propose une entreprise japonaise, c'est une bonne idée ou cela stigmatise-t-il les fumeurs ?

Ce n'est sûrement pas les stigmatiser. En moyenne, un fumeur c'est deux jours de plus d'arrêt de travail qu'un non-fumeur. S'il arrête de fumer, il a un taux d'arrêt de travail qui redevient normal. Le patron fait une bonne affaire. En trois ans, il a récupéré les sous qu'il avait donnés. En France, il y a par exemple un essai sur des cadeaux qu'on fait aux femmes enceintes pour arrêter de fumer. A chaque fois qu'elles ont une consultation, elles ont des bons d'achat. On vous donnera le résultat quand l'essai sera fini. Il faut qu'arrêter de fumer soit un plaisir, soit un bénéfice et non une souffrance ou une peine.