La MDMA pour soigner l'alcoolisme : attention de ne pas jouer « aux apprentis-sorciers »

L'Imperial College of London va expérimenter la MDMA, une molécule psychotrope proche de l'ecstasy, comme traitement contre l'alcoolisme. "Juste une première étape", selon l'addictologue Philippe Batel, sceptique face à cette étude et ce procédé.

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"Après cent ans de psychiatrie moderne, nos traitements sont encore médiocres", lance le docteur Ben Sessa sur le site du quotidien britannique The Guardian. Une affirmation justifiant une nouvelle expérimentation qui commencera dans les mois qui viennent : le traitement de l'alcoolisme via des doses de MDMA en gélule. L'étude sera menée à Bristol, au sud de l'Angleterre, sur une vingtaine de patients alcoolo-dépendants ayant rechuté après avoir tenté d'arrêter de boire.

En parallèle de séances de psychiatrie, la prescription de cette drogue devrait permettre aux patients de soigner définitivement leur alcoolisme, alors que 90% des personnes traitées de manière plus classique rechutent dans les trois ans après le début des soins précise le docteur Ben Sessa. La MDMA sert à "améliorer la relation entre le patient et le thérapeute, pour permettre à ce dernier de mieux comprendre l'origine du comportement alcoolo-dépendant".

La MDMA, déjà utilisée comme traitement dans d'autres pathologies

Aux États-Unis, la MDMA thérapeutique est aussi utilisée, cette fois pour soigner des troubles post-traumatiques, présents notamment chez les vétérans de guerre. L’étude en est à sa troisième phase d’essai et l'administration américaine pourrait autoriser ce mode de traitement d'ici 2021, si les conclusions s'avèrent positives.

Addictologue, le Dr Batel se montre prudent face à cette tendance. Il voit "de plus en plus" des patients "trans-produits", c'est-à-dire des personnes qui ne sont pas uniquement dépendantes à l'alcool mais aussi à des drogues... comme la MDMA. Attention dès lors de "ne pas jouer à l'apprenti-sorcier" avec des substances lourdes pour l'organisme, qui entraînent des difficultés à mémoriser, à apprendre et qui modifient la perception du temps. Le tout chez des personnes déjà victimes d'une addiction.

Le GHB comme alternative

Que ce soit pour traiter l'alcoolisme ou régler les troubles mentaux des vétérans, la MDMA est donc surtout utilisée pour améliorer l'efficacité des séances avec un psychiatre. Un autre psychotrope, comme le LSD, aurait peu ou prou le même effet.

À l'inverse, d'autres drogues sont elles utilisées pour leurs effets directs sur l'addiction. Des études ont par exemple été menées sur l'oxybate de sodium, l'autre nom du GHB, lui-même surnommé la "drogue des violeurs" puisqu'elle désinhibe sexuellement les victimes. Le GHB, sur lequel a travaillé le Dr Philippe Batel, possède des propriétés de "GABAergique pur", ce qui empêche les neu­ro­nes de libérer de la dopa­mine et diminue donc l'envie de boire de l'alcool.

Médicament dérivé du GHB, l'Alcover® (reportage ci-dessous) devait être mis sur le marché en 2016. Ce n'est toujours pas le cas, par crainte sans doute des dérives de son utilisation.


Reportage diffusé le 30 octobre 2014