La Fondation Jérôme-Lejeune dans le collimateur de 146 médecins et chercheurs

Reconnue d’utilité publique pour son action envers les personnes trisomiques, la Fondation Jérôme-Lejeune est mise en cause par 146 médecins et chercheurs dans une tribune parue dans le quotidien le Monde. Ils dénoncent l’activisme judiciaire de cette fondation contre les autorisations de recherche sur l’embryon.

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Côté pile, la Fondation Jérôme-Lejeune "dispose de moyens importants, finance des recherches expérimentales et cliniques et a créé un centre de consultations médicales prenant en charge de nombreux patients, notamment ceux porteurs de trisomie 21", expliquent les signataires de la tribune. Mais côté face, l’organisme "cherche à bloquer les recherches sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires en multipliant les procédures pour faire annuler, par voie judiciaire, les autorisations de recherche que l’Agence de la biomédecine délivre en accord avec la législation française", poursuivent-ils. Or, "ces recherches présentent un intérêt scientifique et médical indéniable pour la société". "On peut se demander en quoi ce type d’action contribue à l’engagement pris par cette fondation de contribuer à « la restauration et au bien-être de la personne touchée dans son intelligence »".

Au delà de cet activisme judiciaire, les signataires dénoncent également les positions de la Fondation hors des domaines médicaux ou scientifiques dans lesquelles elle peut être légitime. En effet, elle fait entendre sa voix sur des dossiers relatifs au Planning familial, sur l’avortement en Espagne, mais aussi "[à] la filiation des enfants nés d’une GPA, [sur] la fin de vie, [ou encore sur] la primaire organisée par Les Républicains en novembre 2016". "[Les dons à cette fondation] contribuent à financer des actions sans rapport avec la compréhension et le traitement des déficiences intellectuelles d’origine génétique", observent-ils plus loin dans la tribune.

Des prises de positions caricaturales

Les pétitionnaires expliquent ne pas remettre en cause la liberté d’opinion et d’expression de la Fondation et de ses membres, mais dénoncent leurs "déclarations caricaturales". La Fondation, relatent-ils, compare en effet les expériences sur l’embryon à de "nouvelles formes de sacrifices humains", et affirme que "la disparition française de 10 millions d’enfants depuis plus de quarante ans est l’objet d’une célébration permanente et fait notre fierté nationale".

"Les prises de position de cette fondation dénaturent et dégradent le débat éthique qu’il convient de mener sur les évolutions des sciences de la vie et de la santé", déplorent ces médecins et chercheurs, qui constatent que "les actions menées par cette fondation sont peu compatibles avec les échanges qui ont lieu habituellement entre scientifiques et médecins".

Leur tribune s’achève sur un appel aux pouvoirs publics "de reconsidérer la reconnaissance « d’utilité publique » attribuée à la Fondation Jérôme-Lejeune". Ils expriment leur souhait qu’institutions, universitaires, chercheurs, médecins s’interrogent sur les implications de leurs partenariats avec cette entité.