Jumeaux : l’un dans l’espace, l’autre sur le plancher des vaches…

L’un a vécu 520 jours dans l’espace, l’autre seulement 54 jours : comment ces deux expériences de vie ont-elles modifié l’organisme, les cellules, voire même le profil génétique ou épigénétique des jumeaux Scott et Mark Kelly ?

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La rédaction d'Allodocteurs.frFrance Télévisions

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Scott et Mark Kelly sont de vrais jumeaux, qui partagent plus que leur ADN : ils ont également le même métier, astronaute. La NASA tenait là un (double) sujet d’expérience idéal pour évaluer les effets des voyages dans l’espace sur le corps humain.

Scott fut ainsi envoyé en mission spatiale sur une durée de 340 jours (montant son compteur de vie en orbite à 520 jours), tandis que Mark fut cantonné au plancher des vaches (son compteur restant bloqué à 54 jours). D’innombrables paramètres biologiques ont été évalués avant, et après l’expérience. Les tous premiers résultats de ces comparaisons ont été dévoilés fin janvier 2017 par l’agence spatiale nord-américaine.

Qui a les télomères les plus longs ?

Deux faits sont déjà saillants. Premièrement, les télomères des deux frères n’ont plus la même longueur. Les télomères ? Ce sont les extrémités des chromosomes, qui sont composés d’un ADN qui ne code pas pour des protéines. Au fur et à mesure des divisions cellulaires, les télomères se raccourcissent, marquant l’inexorable vieillissement de nos cellules. L’hypothèse des biologistes de la NASA était que les conditions de vie dans l’espace entraînerait une usure plus rapide des télomères que celles sur Terre. Or, les mesures, confirmées par un laboratoire indépendant, montrent que Scott Kelly est celui des deux frères qui a les télomères les plus longs ! Les chercheurs ne se risquent pas encore à des interprétations de ce phénomène.

Deuxième observation notable : l’ADN des deux frères se distingue désormais fortement au niveau épigénétique, c’est à dire dans la capacité du génome à être lu et décodé. Plus précisément, les molécules qui permettent de faciliter le décodage de certaines portions de l’ADN (ces molécules portent le nom de groupements méthyles) ne sont pas positionnées au même endroit, ni dans les mêmes proportions, chez les deux frères. Le fait n’est pas surprenant en soi, puisque des différences de méthylation sont caractéristiques de modes de vie différents, mais leur comparaison pourra servir à mieux comprendre les effets de la vie dans l’espace sur l’homme.

Quelles différences réellement imputables à la vie en orbite ?

Alimentation, activité professionnelle et sportive, mode de couchage… de très nombreux paramètres distinguent les deux expériences de vie divergentes des frères Kelly. En outre, Scott a été bombardé de rayons cosmiques durant près de dix-huit mois, à des niveaux très importants. Cette exposition entre-t-elle en compte dans les changements biologiques déjà observés, et ceux qui se révéleront au fil des analyses ? La NASA se veut très prudente, et ne préjuge en rien de ce qui sera découvert.

"Les données sont si fraîches que certaines d'entre elles sortent encore des machines de séquençage", a commenté dans la presse spécialisée Christopher Mason, un généticien du Weill Cornell Medicine de New York.

La revue Nature précise qu’une partie des données de l’expérience sont susceptibles de rester confidentielles : "les jumeaux Kelly examineront toutes les informations avant que celles-ci ne soient publiées, afin d'éviter de révéler des données sensibles qu’ils pourraient vouloir garder privées".

Ces travaux ne portant que sur deux individus, il sera probablement difficile d’extrapoler les conclusions de ces recherches à des personnes de profil génétique et d’âge sensiblement différents.

Andrew Feinberg, généticien à l'Université de Johns Hopkins School of Medicine de Baltimore, qui a participé aux travaux de la NASA, juge que le point le plus important est, pour l’heure, "la démonstration qu’une telle expérience [de génétique comparée] est possible."

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