Découverte d'Homo sapiens au Maroc : "On voit une légère évolution entre 300 000 [ans] en arrière et les gens" d'aujourd'hui

Pour le paléontologue et paléoanthropologue français, professeur émérite au Collège de France, Yves Coppens, de savoir que "la connaissance scientifique n’est pas figée, est vertigineux".


Yves Coppens : "On voit une légère évolution... par franceinfo
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Des restes d'Homo sapiens qui ressemblent à l'homme d'aujourd'hui ont été mis au jour au Maroc et datés de 300 000 ansselon une étude publiée dans la revue scientifique Nature, jeudi 8 juin. C'est "l'Homo sapiens le plus vieux jamais trouvé en Afrique ou ailleurs", a expliqué le Français Jean-Jacques Hublin, coauteur des travaux et directeur du département d'Evolution humaine à l'Institut Max Planck de Leipzig, en Allemagne.

Pour Yves Coppens, paléontologue et paléoanthropologue français, professeur émérite au Collège de France, nos connaissances scientifiques sur l'origine du genre humain sont sans cesse "revisitées". Jusqu'à présent, "les datations les meilleures que l’on avait, c’était autour de 200 000 ans, dans le sud de l’Éthiopie", a-t-il expliqué ce jeudi sur franceinfo. "De savoir que la connaissance scientifique n’est pas figée, est vertigineux", a ajouté Yves Coppens.

franceinfo : Est-ce que cette découverte remet en cause nos connaissances actuelles ?

Yves Coppens : Surtout pas. Nos connaissances sont revisitées. Le genre humain a 3 millions d’années. L’Homme moderne qui en descend vient aussi d’Afrique. Jusqu’ici en effet, les datations, les meilleures que l’on avait, c’était autour de 200 000 ans, dans le sud de l’Éthiopie, dans un site que j’ai fouillé pendant 10 ans. L'équipe de Jean-Jacques Hublin, qui est un ancien élève et collaborateur, actuellement professeur à l’Institut Max Planck d’anthropologie évolutionnaire de Leipzig (Allemagne) et au Collège de France a fait un excellent travail. Il découvre des fossiles à Jebel Irhoud au Maroc. C’est parce que les silex étaient chauffés que l’on peut connaître la date du chauffage, et donc il obtient 300 000 ans, donc 100 000 ans de plus.

Dans un premier temps, on nous a enseigné un ordre chronologique avec d'abord l'Homo erectus, puis l'Homme de Néandertal et l'Homo sapiens. On a su après qu'il y a eu des croisements, maintenant on sait que les mélanges sont plus importants que ce l’on imaginait.

L’Homo erectus précède toujours et accompagne peut-être aussi l’Homo sapiens. Le développement de l’Homme moderne, de l’Homo sapiens, se fait plus volontiers en Afrique, tandis que le développement de l’Homme de Néandertal se fait plus volontiers en Europe.

Mais tous ces gens que l’on appelle espèces sont en fait beaucoup plus interféconds qu’on n’imagine.

Yves Coppens, paléontologue et paléoanthropologue français

à franceinfo

Quand ils se rencontrent, ils se tapent dessus ou bien ils se parlent et ils échangent des filles, donc cela donne quelques hybrides, et en effet, il y a un petit peu de Néandertal en nous.

Selon les descriptions de Jean-Jacques Hublin, la morphologie de l’homme qu’il a trouvé a l’air assez proche de la nôtre ? 

Il est tout de suite sapiens par certains éléments de son squelette et de son crâne. Jean-Jacques Hublin a trouvé une très belle mâchoire inférieure complète. Les traits sapiens sont indiscutables. Mais on voit une légère évolution entre 300 000 [ans] en arrière et les gens de franceinfo aujourd’hui, par exemple. Pour autant, le berceau de l’Homme n’a pas changé de lieu. Jean-Jacques Hublin est très rigoureux. Il dit que ce qu’il trouve au Maroc, il le trouve aussi en Afrique du Sud. Cela veut dire que pour lui l’Homo sapiens est sur l’ensemble du territoire africain. Les grandes lignes depuis deux siècles sont stables. Mais de savoir que la connaissance scientifique n’est pas figée, est vertigineux, on nage dans des milliers et centaines de milliers d’années.

Yves Coppens, Paléontologue et paléoanthropologue français, professeur émérite au Collège de France.
Yves Coppens, Paléontologue et paléoanthropologue français, professeur émérite au Collège de France. (RADIO FRANCE / JEAN-CHRISTOPHE BOURDILLAT)