Lutte contre le cancer : où en sont les traitements ?

Francetv info a interrogé le docteur Fabrice André, cancérologue et directeur de recherche à l’institut Gustave Roussy.

150 000 personnes meurent chaque année d'un cancer : c'est la première cause de mortalité en France.
150 000 personnes meurent chaque année d'un cancer : c'est la première cause de mortalité en France. (BURGER / PHANIE / AFP)
Propos recueillis parFrance Télévisions

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Comment soigne-t-on un cancer ? Déjà centrale, cette question risque de devenir de plus en plus prégnante, tant la maladie s'étend inexorablement. Près de 22 millions de nouveaux cas annuels sont en effet attendus à l'horizon 2030, contre 14 millions en 2012, selon le rapport "World Cancer Report 2014" (en anglais), publié lundi 3 février par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). 

Ces dernières années, l'accent a été mis sur l'amélioration des conditions de vie des patients. Entre 2005 et 2012, le nombre de journées d'hospitalisation à domicile pour des chimiothérapies anticancéreuses a augmenté de près de 39%, selon les données de l'Agence technique de l'information sur l'hospitalisation, établissement public dépendant du ministère de la Santé. Mais l'efficacité des traitements s'est-elle améliorée ?

Pour le savoir, francetv info a interrogé le docteur Fabrice André. Alors que François Hollande annonce un plan cancer doté de 1,5 milliard d'euros, ce cancérologue et directeur de recherche à l’institut Gustave Roussy de Villejuif (Val de Marne) revient sur les traitements existants et les perspectives d'avenir en matière de soins.

Francetv info : Comment traite-t-on un cancer aujourd'hui ?

Fabrice André : On a souvent tendance à l'oublier, mais le traitement le plus fréquent reste l'intervention chirurgicale. Ensuite, il y a bien sûr le traitement par radiothérapie, ainsi que la chimiothérapie.

Mais il existe également des traitements plus spécifiques, comme par exemple l'hormonothérapie dans certains cas de cancer du sein ou de la prostate. On administre alors au malade des médicaments qui bloquent les hormones et empêchent le développement de cellules cancéreuses. 

Certains traitements sont encore moins fréquents, car ils ne concernent que des types de maladie bien particuliers. Dans environ 10% des cancers du sein, par exemple, une protéine appelée HER2 est responsable de la cancérisation. Le traitement consistera alors à bloquer cette protéine.

Quelles évolutions a connu la médecine dans ce domaine ?

L'évènement marquant des dix dernières années, c'est l'apparition de ces thérapies ciblées. Auparavant, on s'attaquait aux cellules cancéreuses de manière globale, sans prendre en compte leurs particularités.

Or, il existe pour chaque cancer un gène qui nous permet de savoir quelle est la thérapie la plus adéquate. On peut ainsi se rendre compte que dans le cas d'un cancer de la peau, le génome mute et active une protéine appelée B-Raf. En la bloquant à l'aide d'un médicament, il y a un véritable effet thérapeutique.

Quelles sont aujourd'hui les pistes prometteuses ?

Il y a trois types d'approche qui sont en plein développement. La première est l'analyse du génome dite "à haut débit". C'est ce processus qui nous permet d'identifier précisément la protéine à cibler chez les patients, et qui a permis l'émergence des thérapies ciblées.

Autre aspect très important : l'activation du système immunitaire du malade, que le cancer affaiblit fortement. On peut aujourd'hui le renforcer avec des médicaments qui bloquent ce caractère handicapant de la cellule cancéreuse.

Reste la recherche sur l'ADN. Derrière chaque cancer se cache en effet un défaut de réparation de l'ADN. En l'identifiant, on peut dans certains cas bloquer des protéines bien ciblées. Les cellules cancéreuses accumulent alors encore plus d'anomalies qu'à l'origine, et meurent d'elles-mêmes.

Les thérapies ciblées permettent-elles au patient de mieux supporter son traitement ?

Ce n'est pas l'objectif principal. Ces médicaments viennent s'ajouter à l'arsenal thérapeutique et améliorent l'efficacité globale des traitements. C'est là le principal avantage : quand vous demandez à un patient s'il préfère vivre mieux pendant son traitement ou vivre plus longtemps, il n'y a pas photo ! Le but est avant tout d'augmenter les chances de survie.