Suicide à l'hôpital Pompidou : l'enquête interne pointe de nombreux dysfonctionnements

Le suicide d'un cardiologue en décembre 2015 à l'Hôpital européen Georges-Pompidou serait "révélateur de dysfonctionnements [qui ont nourri] un grave conflit [entre médecins]", selon une note d'étape d'une commission d'enquête interne, rendue publique le 17 janvier.

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Le professeur Jean-Louis Mégnien s'est suicidé le 17 décembre sur son lieu de travail, se jetant par la fenêtre du 7ème étage de l'hôpital. Une commission d'enquête - constituée de trois personnalités extérieures à l'hôpital - avait alors été mise en place par le directeur de l'AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) et le doyen de la faculté de médecine Paris-Descartes. De plus, une enquête préliminaire pour harcèlement moral a été ouverte par le parquet de Paris, sur fond d'accusations de "luttes claniques" au sein du prestigieux établissement.

Une note d'étape de la commission a été rendue publique un mois après le suicide, sur décision du directeur général de l'AP-HP, Martin Hirsch, et du doyen de la faculté de médecine Paris-Descartes, Gérard Friedlander. Ce document a également été transmis au directeur général de l’Agence régionale de Santé (ARS) d'Ile-de-France, à la ministre de la Santé et des Affaires sociales, ainsi qu'à la ministre chargée de l’Enseignement supérieur, a précisé l'AP-HP dans un communiqué.

Chefferie tournante

Peu après le suicide du professeur Mégnien, ses proches avaient affirmé à la presse que le cardiologue avait été victime de harcèlement de la part de sa hiérarchie. Ils avaient décrit sa descente aux enfers depuis que le poste de chef de service de médecine préventive cardiovasculaire, qu'il convoitait, lui avait échappé.

Au nombre des dysfonctionnements relevés par la commission, figure la procédure "ayant conduit au choix du responsable" de l'unité de médecine préventive cardiovasculaire, avec un "arrangement initial inhabituel" entre les médecins de cette unité pour mettre en place une "chefferie tournante".

"Plus largement, ce drame est révélateur de difficultés d’ordre statutaire et organisationnel", estime la commission, qui va poursuivre ses auditions. Elle note ainsi "l'absence d'instances responsables et de procédures adaptées au traitement des conflits entre personnels médicaux".

Ce sont ces dysfonctionnements qui "ont nourri le grave conflit qui a opposé des médecins entre eux au sein" de l'unité de médecine préventive cardio-vasculaire, souligne la commission, qui a pris connaissance de plusieurs autres conflits dans cet établissement ayant eu "pour origine la succession de chefs de service ou de département".

Pas de dispositif d'alerte

Elle observe aussi que l'Hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP) n'a "pas organisé un dispositif structuré centré sur la prévention de la souffrance psychique et la réaction à l’alerte suicidaire des personnels médicaux".

Un collègue du cardiologue avait averti la direction en décembre 2014 de la fragilité du médecin. Une alerte restée sans réponse. Le suicide du professeur Mégnien est intervenu quatre jours après sa reprise du travail, au terme d'un arrêt maladie de plusieurs mois. 

"Les conséquences de la souffrance psychique, notamment lorsqu’elle survient dans un contexte conflictuel ou d’échec professionnel, et leurs liens avec le travail à l’hôpital, son arrêt ou sa reprise ne sont pas suffisamment pris en compte", déplore la commission.

Elle préconise donc la mise en place "sans délai" d'un "dispositif structuré" associant les parties concernées (AP-HP, universités, médecine du travail) pour la prévention de la souffrance psychique et la réaction à l'alerte suicidaire.

Concernant les personnes, elle "ne voit pas d'argument qui justifierait le remplacement" de la directrice de l'HEGP, réclamé par "certains médecins".

L'IGAS sera saisie

Lundi 18 janvier, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a annoncé sur RTL qu'elle saisirait l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) à l'issue du rapport définitif de la commission, "pour qu'en particulier sur la question de l'organisation, des réponses plus solides soient apportées".

Selon elle, ce document est "un rapport d'étape qui doit être prolongé d'ici un mois par un rapport définitif", a-t-elle précisé.

"A la question : y-a-t-il eu des failles dans l'organisation ?", la ministre a déclaré que "la réponse est clairement oui quand vous lisez ce rapport".

"A partir de ce drame, je souhaite qu'on mette en place en France une politique résolue pour répondre à la souffrance qui peut aussi concerner les médecins", a conclu la ministre, regrettant qu'il n'y ait pas "de processus à même de prendre en compte la souffrance au travail des médecins".