Scandale du Mediator : la responsabilité des laboratoires Servier reconnue pour la première fois par la justice

Utilisé par cinq millions de personnes en France, le Mediator, retiré du marché en 2009, pourrait être responsable de 2 100 décès.

Le Mediator, retiré du marché en 2009, est à l'origine de graves lésions des valves cardiaques et pourrait être responsable à long terme de 2 100 décès, selon une expertise judiciaire.
Le Mediator, retiré du marché en 2009, est à l'origine de graves lésions des valves cardiaques et pourrait être responsable à long terme de 2 100 décès, selon une expertise judiciaire. (FRED TANNEAU / AFP)
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Pour la première fois, la responsabilité des laboratoires Servier dans le scandale du Mediator a été reconnue par la justice, jeudi 22 octobre. Utilisé par cinq millions de personnes en France, le Mediator, retiré du marché en 2009, est à l'origine de graves lésions des valves cardiaques et pourrait être responsable à long terme de 2 100 décès, selon une expertise judiciaire.

Saisi des demandes d'indemnisations de deux malades, de 72 et 67 ans, le tribunal de grande instance de Nanterre a estimé qu'à la date de la prescription du médicament, en 2003 et 2006, "l'état des connaissances scientifiques ne permettait pas d'ignorer les risques d'hypertension artérielle pulmonaire et de valvulopathies induits par le benfluorex". La justice française a ainsi jugé que "la seule suspicion de ces risques" obligeait le laboratoire "à en informer les patients et les professionnels de santé", notamment dans la notice d'utilisation.

Une victoire en demi-teinte pour un des clients

Les laboratoires Servier, représentés par Nathalie Carrère, ont indiqué qu'ils continueraient à mener "un combat de principe" pour faire valoir qu'il n'y avait "pas d'alertes significatives" sur les risques du médicament avant son retrait du marché en 2009. Les laboratoires devraient contester en appel le caractère défectueux du produit.

L'une des victimes va également faire appel. Charles Joseph-Oudin, son avocat, a salué une "victoire", mais une "victoire en demi-teinte" : son client n'a en effet obtenu que 30 000 euros de dommages et intérêts sur les 900 000 qu'il demandait.

70 millions d'euros provisionnés par le labo

Servier a provisionné 70 millions d'euros pour indemniser les victimes et leurs caisses d'assurance-maladie, a fait savoir mercredi le laboratoire pharmaceutique. Cette provision est inscrite dans les comptes prévisionnels de l'exercice de Servier clos au 30 septembre 2015.

Plusieurs procédures sont en cours dans l'affaire du Mediator, dont des procédures pénales à Paris et Nanterre, mais aussi des plaintes au civil. Parmi celles-ci, une quinzaine de caisses primaires d'assurance-maladie ont assigné les laboratoires pour obtenir le remboursement de la prise en charge des victimes.

Un scandale révélé en 2009 par le docteur Irène Frachon

Le scandale du Mediator avait été révélé en 2009 par le docteur Irène Frachon. Invitée du journal de France 2 le 10 septembre 2015, elle avait estimé que les laboratoires Servier jouaient la montre. "Ils contestent tout et puis, on peut malheureusement suspecter aussi qu'ils attendent la mort de certains patients ou le découragement d'autres. Le décès coûte moins cher que l'indemnisation d'une personne vivante", avait expliqué en plateau la pneumologue.