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La galette, les rois mages et la navigation aux étoiles

Voici le moment de déguster la traditionnelle galette des rois, dont l’histoire remonte aux rois mages, qui furent guidés par l’étoile du Berger, pour se rendre en Galilée. Une occasion pour parler de la navigation astronomique.

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Radio France

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(© puits du désert)

  Une interrogation m’a toujours habité depuis qu’on m’a enseigné le catéchisme a-t-elle vraiment existé cette étoile du Berger ?

Depuis l’Antiquité , l’homme se sert des astres pour s’orienter ne serait-ce qu’avec le soleil qui passe d’Est en Ouest. Puis est arrivée la boussole, qu’on retrouve dans la littérature chinoise, environ 300 ans avant Jésus Christ, mais qui ne servait pas encore pour la navigation.

Alors pour savoir si les rois mages ont été guidés par cette fameuse étoile, je suis allé au planétarium du Palais de la Découverte à Paris, où l’on peut reconstituer le ciel étoilé de cette époque , Pour Denis Savoie , responsable du planétarium du Palais de la Découverte, il existe trois hypothèses :

-Il s'agissait peut être d'une étoile nova, c'est à dire une étoile nouvelle qui serait apparue d'un seul coup au-dessus de la crèche ; -une autre hypothèse pourrait être une comète mais nous n'avons aucune indication venant confirmer ces deux options. Nous avons donc refait des calculs et on s'est aperçu qu'il y avait eu une conjonction entre Jupiter et Vénus en 2 avant JC, c'est à dire que les deux planètes se seraient alignées à la verticale, indiquant une direction ",

Avant de vouloir les atteindre, l'homme s'est longtemps laissé guider par les étoiles. Au cœur du désert, elles sont autant d'indices essentiels permettant de se repérer. Mohammed Ixa , touareg au Niger, président de l'Association "Tidène les puits du désert", utilise aujourd'hui le GPS mais il n'oublie pas que les étoiles, elles, ne tombent jamais en panne : "Tout au long de la journée, on peut s'orienter grâce au soleil, et la nuit, on se déplace avec les étoiles. L'étoile du Nord est la plus importante selon moi car c'est la seule qui ne bouge pas du tout, du lever au coucher du soleil."

(© puits du désert)

Depuis la Terre, la mer, et même dans l'espace, les étoiles demeurent, à l'heure actuelle, des outils de navigation fiables, qui, dans certaines situations, sont même les seuls à disposition de l'homme pour se diriger : lorsqu’alors j’étais pilote sur Boeing 747, on pratiquait encore dans les années 80, la navigation astronomique, notamment sur les routes polaires. On faisait le point aux étoiles en glissant un sextant à travers un trou aménagé dans le plafond des avions. J’étais très étonné de la précision - inférieure à 3 kilomètres - alors que nous volions à plus de 800 kilomètres-heure.

Aujourd’hui les GPS ne sont pas autre chose que des étoiles artificielles, et la navigation astronomique est toujours utilisée, notamment pour l’exploration spatiale :

  "Quand on partira vers Mars, un vaisseau spatial ne verra rien d'autre que le Soleil et les étoiles. Les étoiles sont donc indispensables quand on n'a pas d'autres références, " explique Jean-François Clervoy , astronaute.

Les astres sont tellement importants que l'homme en crée des artificiels, les satellites, qui, placés sur orbites, permettent de se positionner sur Terre avec une précision de quelques centimètres. Mais jusqu'à quel point doit-on se fier à ces nouvelles technologies ? Il semblerait parfois qu'elles brouillent nos pistes, jusque dans notre cerveau...

En effet, une région de notre cerveau, appelée hippocampe, joue un rôle central dans la mémoire et la navigation spatiale. C'est elle qui nous permet de mémoriser des itinéraires, mais à condition de s'en servir ! A force de ne plus regarder de carte et de ne plus mémoriser son itinéraire, notre hippocampe se met en veille. Si les chercheurs se sont intéressés à l’hippocampe, c’est que cette cinquième circonvolution temporale de notre cerveau joue un rôle primordial dans les processus de mémorisation et de l’orientation spatiale.

Une autre étude avait déjà montré que l’hippocampe des chauffeurs de taxis à Londres, une ville énorme et complexe en matière de circulation, était plus développé que celui de la moyenne de la population. Or, ces chauffeurs n’utilisaient pas de GPS pour naviguer dans la City !

En suivant aveuglément le GPS, non seulement l'être humain atrophie son sens de l'orientation, mais cet outil provoque également de nombreux accidents, en menant l'automobiliste sur une route à contre-sens, au fond d'un lac, voire même dans une grange ou une église...

Mon coup de cœur de cette semaine  est dédié à un savant nommé Eratosthène, qui avait calculé la circonférence de la terre il y a plus de deux mille ans. Deux ans avant Jésus-Christ, ce génie avait remarqué, chez lui, à Assouan en Egypte qu’une fois par an le 21 Juin, le fond de son puit était entièrement éclairé par le soleil. Il en déduisit que notre astre était donc "pile poil" à la verticale.

Alors il demanda à un de ses adjoints qui travaillait comme lui à la fameuse bibliothèque d’Alexandrie de mesurer au même moment l’angle de l’ombre que faisait le phare avec le soleil et ça lui donnait un angle d’environ 7 degré. Il ne lui restait plus qu’à mesurer la distance d’Assouan à Alexandrie.

Comment a-t-il fait ? Et bien à cette époque, il fallait cinquante jours à dos de chameau. Sachant qu’il parcourt 100 stades par jour, c’est l’unité de mesure de l’époque, donc environ 15 kilomètres. Ça fait en gros 800 kms en ligne droite. Une simple règle de trois pour passer des 7 degrés mesurés  à 360° et ça vous donne le tour de la terre….de la trigonométrie qu’un gamin de classe de 3ème saurait faire aujourd’hui. Mais à l’époque il fallait être un génie comme Erathostène , qui - le bougre ! -  avait  calculé 39.500 kms, soit avec une précision de un centième, ça rend modeste !

Bonnes étoiles à tous pour l’année 2016 !

(© puits du désert)