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Toute dernière fois. 1981, la mythique salle de concert Golf Drouot ferme ses portes

Tout l'été, nous revenons sur ces moments où l'histoire s'achève. Le 22 novembre 1981, le "temple du rock" à Paris, le Golf Drouot, vit ses dernières heures.

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franceinfoThomas SnégaroffRadio France

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Un bœuf avec les groupes Bijou et Rock\'n\'rollers au Golf Drouot, à Paris, au début de l\'année 1981. Le concert était organisé pour tenter de sauver la salle.
Un bœuf avec les groupes Bijou et Rock'n'rollers au Golf Drouot, à Paris, au début de l'année 1981. Le concert était organisé pour tenter de sauver la salle. (JEAN-LOUIS RANCUREL)

Nous sommes le 22 novembre 1981 à Paris. Ce soir-là, une salle de concert mythique des années yé-yé ferme ses portes : le Golf Drouot. L’événement est tel que le journal d’Antenne 2 y est en direct. Henri Leproux, le directeur de la salle, doit se résoudre, la mort dans l’âme, à fermer un lieu qu’il avait sublimé au point d’en faire un mythe, en 1955.

Le Golf Drouot porte bien son nom. C’est l'un des lieux insolites dont les années 1950 avaient le secret. En plein Paris, dans le IXe arrondissement, un salon de thé, cela n’a rien d’exceptionnel. En revanche, ses premiers patrons lui ajoutent un mini-golf de neuf trous. Oui, un vrai mini-golf au premier étage d’un immeuble, juste au-dessus du Café d’Angleterre. Il faut gravir les 40 marches pour atteindre le Golf Drouot et son premier barman, Henri Leproux. C’est lui qui a l’idée d’installer un juke-box qui diffuse de la musique américaine, histoire d’attirer la jeunesse qui cherche désespérément des lieux pour s’amuser dans le Paris de l’après-guerre. Ce sera le Golf Drouot.

Burt Blanca au Golf Drouot, à Paris, vers 1966.
Burt Blanca au Golf Drouot, à Paris, vers 1966. (JEAN-LOUIS RANCUREL)

Cet établissement est le premier, ou presque, à diffuser les disques de Bill Haley, Elvis Presley ou de Jerry Lee Lewis. L’entrée ne coûte qu’un franc. On y danse plus qu’on ne joue au golf.

La vague yé-yé déferle sur la France endormie

Bien vite, dès la fin des années 1950, des jeunes se produisent sur la scène. Des milliers d’inconnus. Notamment le vendredi, jour du tremplin, l’un des radio-crochet les plus prisés de Paris. Il y a aussi de futurs géants de la chanson française et d’abord de la vague yé-yé qui déferle sur la France endormie. Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et les Chaussettes Noires ou Jacques Dutronc y découvrent la jouissance suprême de la scène. Dans la deuxième partie des années 1960, les Who et David Bowie se produisent au Golf.

Henri Leproux, Johnny Hallyday et Eddy Mitchell au Golf Drouot, à Paris, en 1975.
Henri Leproux, Johnny Hallyday et Eddy Mitchell au Golf Drouot, à Paris, en 1975. (JEAN-LOUIS RANCUREL)

Le lieu résiste mal aux années 1970 et à la multiplication des lieux dans Paris. Mais aussi à l’arrivée massive des chaînes hi-fi. Le prétexte de la fermeture est tout trouvé quand une loi interdit au propriétaire d’avoir deux débits de boissons de quatrième catégorie dans le même immeuble. Le Café d’Angleterre aura la peau du Golf Drouot. En février 2014, la Ville de Paris a installé une plaque souvenir. Un morceau de la jeunesse de Paris s’y trouve. Comme s’il attendait ce moment, Henri Leproux est mort quelques mois plus tard, en juin 2014, à l’âge de 86 ans.

Un bœuf avec les groupes Bijou et Rock\'n\'rollers au Golf Drouot, à Paris, au début de l\'année 1981. Le concert était organisé pour tenter de sauver la salle.
Un bœuf avec les groupes Bijou et Rock'n'rollers au Golf Drouot, à Paris, au début de l'année 1981. Le concert était organisé pour tenter de sauver la salle. (JEAN-LOUIS RANCUREL)