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Je suis Nigeria

Dix sept morts à Paris, victimes du terrorisme le plus vil. La même semaine des centaines, voire des milliers de mort, au Nigeria, à Baga, victimes de Boko Haram. Nous étions des millions dans les rues de Paris devenue capitale du monde. Le silence et l'anonymat des morts et une forme d'indifférence, ont englouti une seconde fois la tragédie nigériane. Je suis Charlie, oui, mais Je suis Nigeria !

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Ce matin l’autre info est au Nigeria

Je crois qu’il n’a échappé à personne que #jesuischarlie a fait le tour du monde et que Paris était dimanche la capitale politique du monde après les 17 morts des attentats terroristes perpétrés par les frères Kouachi et par Amedy Coulibaly. Alors que nous honorions nos morts et que nos partagions leurs noms sur le Web, j’ai été interpellé vigoureusement par plusieurs internautes qui m’ont fait remarquer sur les réseaux sociaux qu’il aurait été opportun de publier de la même manière les noms des très nombreuses victimes des islamistes de Boko Haram, au Nigeria…

Rappelez nous ce qui s’est passé au Nigeria...

La même semaine que les attentats parisiens au nord-est du Nigeria, dans la ville de Baga – où plutôt dans ce qu’il en reste - pendant cinq jours, les hommes de Boko Haram ont massacré hommes, femmes, enfants. Alors, comme l’écrit Courrier International le nombre de morts n’est pas certain, mais Amnesty International a cité des rapports suggérant qu'il pourrait y avoir jusqu'à 2 000 victimes. Et ce même si le gouvernement nigérian estime lui le bilan du massacre à « seulement » 150 morts - je laisse la responsabilité du « seulement » entre guillemets au gouvernement nigérian. D’où l’indignation légitime de nombreux internautes devant l’ indifférence de la communauté internationale et son assourdissant silence sur ces morts anonymes et lointaines. Vous connaissez, Jack Lang, la théorie du kilomètre compassionnel, encore nommé kilomètre sentimental : notre intérêt pour autrui est généralement inversement proportionnel à la distance qui nous sépare de lui. Une sorte de terrible « loin des yeux, loin du coeur »…

Mais le plus effrayant, c’est que même au Nigeria les 17 morts de Paris ont obtenu plus de presse et de médias que les centaines voire milliers de morts nigérians. Alors contre ce silence de mort et pour percer le mur de l’indifférence, il y a les citoyens et les internautes qui ont lancé des mots clés sur les réseaux sociaux comme #JesuisNigeria ou #stopbokoharam. Et puis des initiatives plus personnalisées comme celle de l’actrice française née au Sénégal, Aïssa Maïga qui a lancé le mot clé, le hashtag #jesuisnigeriane. Il y a vraiment urgence, parce que les attaques de Boko Haram touchent le Cameroun sans que l’émotion ou la mobilisation internationale ne soient au rendez-vous. Il faut rappeler que l'insurrection de Boko Haram aurait déjà fait 13 000 morts depuis 2009. 20 000 personnes seraient en fuite pour éviter d’être à leur tour massacrées. Alors il y a un beau proverbe nigérian qui vient des yorubas, un peuple africain, notamment nigérian, qui dit : « La bouche ne dit pas tout ce que les yeux voient. » Ne croyez vous pas, Jack Lang, qu’il faudrait, au contraire, que nos bouches disent tout ce que nos yeux ne voient pas ?

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