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Si j'étais... le pape François

Karl Zéro s'est imaginé dans la peau de Jorge Mario Bergoglio, le pape François.

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Le pape François place Saint-Pierre, à Rome, le 15 mars 2017.
Le pape François place Saint-Pierre, à Rome, le 15 mars 2017. (VINCENZO PINTO / AFP)

Si j’étais "Bergo", alias pape François – je m’appelle Bergoglio, tous ceux qui m’ont connu avant en Argentine me surnommaient Bergo – je fêterais mes quatre ans sur le trône de saint Pierre.

Après le départ en retraite inattendu de Benoît XVI, je m’attendais à tout sauf à le remplacer. Je n’étais sur aucune liste de "papabile", aucun bookmaker ne pariait sur une fumée blanche en ma faveur. J’étais un parfait inconnu, venu de chez moi tranquille, presqu’en touriste. Week-end à Rome, tout seul-e sans personne… Et là, boum, je me suis retrouvé pape. Ça fait drôle. Enfin non, en vrai… ça fait peur. Tu as le poids du monde sur les épaules, d’un coup. On m'a dit :"Va au balcon, la foule t’attend !", mais moi j’étais stressé, je n’avais pas préparé, alors j’ai demandé aux gens de me bénir. Je la leur ai fait à l’envers, quoi.

Papauté détendue

Depuis, d’ailleurs, je leur fait tout à l’envers, et c’est pour ça qu’au Vatican, ils me vouent presque tous aux gémonies. Dès que je l’ouvre, c’est "de quoi y s'mêle ?" Ils voulaient quoi ? Un pape en langage des signes ? En plus, au départ ce n’est pas ma nature… En Argentine, je n’étais pas ce qu’on appelle un type très souriant, j’avais même plutôt une réputation d’austérité. La papauté m’a bien détendu, finalement. Certains y verront l’influence du Saint-Esprit, moi je crois qu’une fois que tu y es, tu t’adaptes : t’es pas là pour faire la gueule…T’es là pour donner de l’espoir, nuance.

Aujourd’hui, j’adore me lâcher, rigoler, surtout avec les journalistes en avion. C’est là que je balance des petites bombes… pour bien faire chier les conservateurs du Vatican. J’adore ça. Je les imagine, hystériques, découvrant mes propos. Quand j’ai dit : "Qui suis-je pour juger les homosexuels?", j’en connais une palanquée qui ont avalé leur mitres ! Alors que somme toute, ils auraient du être contents. Bon, nombre d’entre eux le sont, et ont même été touchés par la "vocation" pour ça ! Parce qu’à l’époque, quand on était jeunes, ça ne se disait pas, ces trucs-là… "Comment ça, tu es homo ? Toi, mon fils ? Bon, ben tu seras prêtre !" Il est temps que ça change, non ?

Eglises vides

Si j’étais le pape François, vous l’avez compris, je serais là pour faire un grand ménage au Vatican. Ces non-dit épouvantables, comme cette pédophilie rampante qui a tout gangrenée… Petit à petit, au nom de ce qu’ils appellent le dogme, et qui est souvent un cache-misère, ils ont complètement brouillé le message du Christ. Je ne demande à personne d’y croire, à son message, je demande juste que nous, on montre l’exemple. C’est bien le minimum. La semaine dernière, j’ai proposé que les hommes mariés puissent devenir prêtres. Ça tombe sous le sens, non ? A aucun moment, dans aucun texte, Jésus n’a exigé le contraire. Eh bien, ils me sont tombés dessus à bras raccourcis, les "tenants de l’immobilisme", comme on dit pudiquement. Pour être immobiles, ils le sont, ça oui, pétrifiés dans leurs églises vides, et ils se demandent pourquoi ! Faute de prêtres, les gars. Bientôt, vous serez transformés en statues…

Si j’étais le pape François, je saurais que certains cardinaux influents, ceux que j’ai prudemment écarté de la moindre fonction décisionnaire, sont, au moment où je vous parle, en train de comploter pour écourter mon règne papal. Si, subitement, je meure en dormant, comme Jean-Paul Ier, soyez gentil : exigez les résultats de l’autopsie, ce coup-ci… Ils veulent, disent-il, "éviter qu’un schisme ne se produise". Qu’il faut "préserver l’âme du catholicisme"… Mais le schisme, il s’est déjà produit : ils l’incarnent, par leurs mensonges, leur fausse piété, leurs petits intérêts qu’ils préservent… A cause d’eux, "Rome n’est plus dans Rome" depuis des siècles ! Quant à l’âme du catholicisme… pardonnez leur, car ils ne savent pas de quoi ils parlent !

Le pape François place Saint-Pierre, à Rome, le 15 mars 2017.
Le pape François place Saint-Pierre, à Rome, le 15 mars 2017. (VINCENZO PINTO / AFP)