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Les séries s'installent à l'université

Depuis une dizaine d'années, la recherche universitaire se passionne pour les séries télévisées. L'amélioration des fictions, notamment américaines, au cours des années 2000 a accéléré une évolution salutaire qui paraissait inévitable. Ce pan de la culture populaire a désormais droit de cité dans les amphithéâtres. Entretien avec Sarah Hatchuel, professeur à l'université du Havre.

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C 'est une évolution ou une révolution qui se fait sans bruit. Les séries télévisées, longtemps perçues comme un simple divertissement destiné à remplir des cases de programmes, sont reconnues comme partie intégrante de la culture populaire. Autrefois cantonnées à des discussions d'amateurs, elles ont vu leur public s'élargir, elles ont peu à peu pris leur place et servi de matière première à un discours de plus en plus élaboré. Ultime reconnaissance de leur importance dans le champ intellectuel, les Presses universitaires de France ont lancé en 2012 une collection qui leur est entièrement consacrée.

Des universitaires se sont penchés sur Les Experts , Six Feet Under ou encore Plus Belle La Vie pour comprendre et surtout pour expliquer l'intérêt qu'il y avait à regarder des fictions télévisées. Leur contribution est précieuse à deux titres: d'abord elle permet de mieux comprendre, d'acquérir une connaissance plus fine d'une série que l'on affectionne et d'autre part de faire évoluer le discours du "j'aime/j'aime pas" vers une structure élaborée.

Un séminaire pour The Wire

L'initiative des PUF, qui est particulièrement salutaire, a accompagné un mouvement engagé depuis le début des années 2000 et qui s'est traduit par une multiplication des conférences, des journées d'étude, des séminaires ou des colloques consacrés à des séries connues ou confidentielles. L'un des meilleurs exemples fut le séminaire consacré à The Wire (Sur Ecoute) à l'université de Nanterre en 2012.

Quelques années plus tôt, David Simon, le créateur de la série, avait été invité à faire une "master class" à l'université de Harvard afin de présenter sa démarche narrative mais également discuter des thèmes qu'il entendait soulever pendant les cinq saisons de cette aventure dans les quartiers défavorisés de Baltimore.

Transmission de la connaissance

Sarah Hatchuel, professeur des universités et auteur d'un ouvrage consacré à Lost aux PUF, reconnaît que l'arrivée des séries télé sur les bancs de l'université contribue à légitimer cet objet culturel, à lui donner une reconnaissance et à inciter le public à la curiosité et à la compréhension. Cette évolution est d'autant plus significative que la télévision en France a longtemps été étudiée en tant que média. L'intérêt pour le contenu des fictions demeure récent. Certaines barrières doivent encore être écartées, mais les choses s'améliorent. D'autant plus que l'approche est pluridisciplinaire: on étudie les séries de points de vue philosophique, historique, sociologique, linguistique, etc.

Le discours peut parfois paraître encore un peu formel, mais les amateurs viennent de plus en plus nombreux pour écouter et échanger sur les fictions qui les passionnent. La transmission de la connaissance dans ce domaine passe par le canal de l'enseignement mais également par d'autres voies plus larges.

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