Le vrai du fake, France info

Le vrai du faux. Christian Estrosi multiplie les exagérations sur France Info

Dispositifs fiscaux pour les Qataris, affiches de la CGT, bureau du maire de Nice... quand le président Les Républicains de la région Paca enchaîne les exagérations, approximations et inventions sur France Info.

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franceinfoAntoine KrempfRadio France

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Christian Estrosi a multiplié les exagérations sur France Info
Christian Estrosi a multiplié les exagérations sur France Info (RADIO FRANCE / JEAN-CHRISTOPHE BOURDILLAT)

Lors de son passage sur France Info vendredi 21 octobre, Christian Estrosi a multiplié les affirmations infondées et largement exagérées. Voici une sélection :

"Pas de dispostif fiscal spécifique pour le Qatar"

Le président du Conseil régional de Paca a notamment été interrogé par Jean-Michel Aphatie sur les "dispositions fiscales favorables aux ressortissants qataris" votées "lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy". Voilà comment a réagi l'élu Les Républicains :

"Quand on vote une disposition fiscale, elle n'est pas en faveur d'un seul pays. [...] Dans une loi de finances, vous ne mettez pas une disposition fiscale qui se consacre à accueillir un seul pays.

Pas de disposition fiscale spéficique pour les ressortissants qataris ? 

Si, et contrairement à ce que sous-entend Christian Estrosi, pas besoin de passer par une loi de finances pour cela. Comme une centaine d'autres pays à travers le monde, le Qatar bénéficie d'une convention fiscale avec la France.

Le texte, signé en décembre 1990, a été largement remanié en 2008 par une loi adoptée par le Parlement. L'idée est de favoriser les investissements du Qatar en France grâce à plusieurs mesures incitatives, et notamment l'exonération totale d'impôt sur les plus-values immobilières.

Cette série de dispositifs fiscaux est régulièrement pointée du doigt. Dans un amendement au projet de loi de finances rectificatives de 2014, les députés réclamaient un chiffrage précis du manque à gagner de ces conventions signées avec "certains Etats".

Le Qatar n'était pas directement nommé dans cet amendement, pourtant surnommé "amendement Qatar" à l'Assemblée. "A ce stade, il semblerait que l’État se prive d’une ressource fiscale que l’on peut évaluer entre 150 et 200 millions d’euros", estimait Valérie Rabault, rapporteure générale de la commission des finances, dans un rapport d'information publié l'été dernier

"Je n'ai jamais rencontré [l'ancien] ambassadeur du Qatar"

S'il a été question du Qatar dans cette interview, c'est que deux journalistes ont publié un livre dans lequel ils affirment que l'ancien ambassadeur du Qatar en France, Mohammed Al Kuwari, distribuait de l'argent à des élus français. Interrogé sur ces révélations, Christian Estrosi est formel : 

"Je n'en ai jamais entendu parler et je n'ai jamais rencontré l'ambassadeur du Qatar."

Christian Estrosi n'a jamais rencontré Mohammed Al Kuwari ? 

Faux. S'il n'y a aucune raison de douter du fait que Christian Estrosi n'a "jamais entendu parler" de distribution d'argent, l'élu Les Républicains ne peut pas affirmer qu'il n'a jamais rencontré l'ancien ambassadeur du Qatar en France (2003-2013).

Christian Estrosi et Mohammed Al Kuwari se sont vus au moins une fois, le 12 juillet 2012 à Nice, en marge de la remise du prix "Richesse dans la diversité", financé par l'émirat.

"Des affiches de la CGT appellent à frapper des policiers" 

Christian Estrosi a également été interrogé sur le malaise des policiers, exprimé par des rassemblements ces derniers jours dans plusieurs grandes villes de France. Le président de la région Paca a réagi en dénonçant une ambiance hostile aux forces de l'ordre : 

"Vous n'avez pas vu ces images au printemps dernier ? La CGT a fait des tracts appelant à frapper des policiers !"

La CGT a publié des tracts pour appeler à frapper des policiers ?

Faux. Christian Estrosi fait référence à deux affiches qui ont créé la polémique en marge du mouvement de contestation contre la loi Travail. 

Sauf qu'à aucun moment, les affiches en question n'incitent à la violence envers la police. Elles entendaient dénoncer les violences policières lors des manifestations du printemps dernier avec le slogan "STOP à la violence"...

Par ailleurs, il ne s'agit pas d'une campagne de la CGT mais de l'initiative de l'un de ses syndicats, Info-Com-CGT. Des affiches dénoncées à l'époque par... la CGT police.

"Vous n'avez pas lu les excuses de Nice Matin"

C'est un photomontage réalisé par Nice Matin qui a été largement partagé depuis quelques jours sur les réseaux sociaux.

Sur l'image du haut : Christian Estrosi, encore maire de Nice, assis derrière un bureau beaucoup plus élevé que les autres dans la salle du conseil municipal. Sur l'image du bas : Christian Estrosi, devenu premier adjoint de la ville après son élection au Conseil régional... et l'estrade a disparu. D'où de nombreux commentaires pour dire que Christian Estrosi a fait raboter le bureau pour ne pas apparaître plus bas que le maire actuel.

Mais Christian Estrosi est formel sur France Info : 

"En tant que maire, j'ai déjà occupé avec la même configuration [le bureau abaissé, ndlr] cette place. Nice Matin s'en est excusé. Je note que vous n'avez pas lu ces excuses.

Christian Estrosi a raison sur un point : le bureau du maire dans la salle du conseil municipal a été rabaissé avant qu'il devienne premier adjoint. L'article de Nice Matin qui révèle cette "affaire" le dit d'ailleurs très clairement : "le changement a été opéré entre le conseil municipal du 5 février et la séance du 1er avril", soit bien avant la nomination de Philippe Pradal à la tête de la ville en juin. 

Mais si France Info n'a pas "lu les excuses de Nice Matin", c'est parce qu'elles n'existent pas. Christian Estrosi a en fait totalement inventé "les excuses" du quotidien. "Contacté, Christian Estrosi reconnaît que l'expression employée sur France Info n'était 'pas adaptée'", conclu un autre article du quotidien régional.

Christian Estrosi a multiplié les exagérations sur France Info
Christian Estrosi a multiplié les exagérations sur France Info (RADIO FRANCE / JEAN-CHRISTOPHE BOURDILLAT)