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Le sens de l'info. Le régime

Le philosophe Michel Serres et Michel Polacco décryptent aujourd'hui le mot régime, Michel Serres évoque le roi et le droit.

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Bons et mauvais effets du gouvernement divin en ville et à la campagne, 1337-1343, par Ambrogio Lorenzetti, fresque, Palazzo Publico, Sienne, Italie.
Bons et mauvais effets du gouvernement divin en ville et à la campagne, 1337-1343, par Ambrogio Lorenzetti, fresque, Palazzo Publico, Sienne, Italie. (DEA / G. NIMATALLAH / GETTY IMAGES)

Il y a le régime de bananes, qui est une sorte de grappe.
Le régime amaigrissant ou curatif, qui est une sorte de médecine.
Le régime "sec" qui est une punition.
Le régime du moteur, ou le rythme du pas du coureur : généralement une cadence stabilisée. Un mot employé par les cheminots. Ce mot revêt bien des sens, mais son emploi principal par nos temps est celui qui est lié à la santé. Qui n’est pas au régime ? Qui ne l’est pas ou ne le sera pas ?

Michel Serres décrypte surtout le mot régime en terme de roi et de droit

Apparition de la justice royale

Succédant à une justice exercée par les seigneurs et le clergé dans chaque province sous la féodalité, apparaît sous la monarchie la justice royale. Les Rois de France rendent désormais la justice et assoient progressivement leur autorité judiciaire. Lors des sacres, l'archevêque de Reims remet la " main de justice ", signe d'équité, et l'épée, glaive de justice.

La justice d'origine divine devient donc l'émanation du roi de France. Jusqu'au XIIIème siècle, le Roi expédie lui-même les affaires, entouré de conseillers ; c'est l'époque de la "justice retenue", nécessaire au maintien de son autorité.

Puis, les rois successifs délèguent progressivement leur pouvoir judiciaire à des juges spécialement nommés. Les magistrats revêtent alors les habits royaux : l'écarlate étant la couleur de ces habits, les magistrats portent des robes de couleur pourpre et un chapeau de velours rond pour rappeler la couronne. Ainsi apparaît la Cour royale dans sa fonction judiciaire : le parlement royal.

"La royauté et la religion ont marqué fortement la justice de l'Ancien Régime, comme les bâtiments qui l'abritaient"

Aujourd'hui, le palais royal sur l'Ile de la Cité et les parlements, établis pour beaucoup dans un ancien palais ducal, avec leurs ornements, leur décorum, leurs allégories, les emblèmes royaux (comme la fleur de lis) et les symboles religieux témoignent encore de ce passé.

On évoque toujours le "palais" pour désigner un bâtiment judiciaire avec ses salles d'audience appelées "chambres", en mémoire de la chambre d'apparat du Roi où les juges siégeaient, les "cours" en mémoire des premières cours royales, composées de conseillers du Roi, l' "audience", la séance d'une juridiction, en souvenir de l'époque où le roi donnait lui-même audience à ses sujets qui lui réclamaient justice…

Les termes du droit et leurs origines

La mise "sous-main de justice" et la "mainlevée" évoquent certaines décisions du Roi qui abaissait le sceptre, la main de justice, ou la redressait.

Le terme de "parquet" désignant le ministère public, celui de "barreau" désignant l'ensemble des avocats, de "bâtonnier", d' "huissiers"… sont aussi originaires de cette période en souvenir de la configuration des salles d'audience, de la place et du rôle des acteurs du procès…

Le "barreau" désigne l'ensemble des avocats ; ceux-ci se tenaient derrière la barre qui fermait le parquet.

Le "bâtonnier", le chef de l'ordre des avocats, avait le privilège conféré par le Roi de porter le "bâton" dans les processions de la confrérie de Saint-Nicolas.

Lire aussi :

Le pouvoir abolu de droit divin

Le pouvoir absolu de droit divin selon Bossuet

Ministère de la Justice

 

Bons et mauvais effets du gouvernement divin en ville et à la campagne, 1337-1343, par Ambrogio Lorenzetti, fresque, Palazzo Publico, Sienne, Italie.
Bons et mauvais effets du gouvernement divin en ville et à la campagne, 1337-1343, par Ambrogio Lorenzetti, fresque, Palazzo Publico, Sienne, Italie. (DEA / G. NIMATALLAH / GETTY IMAGES)