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La Libye, trois ans après : un constat accablant

Il y a tout juste trois ans, l'Otan intervenait en Libye, pays de six millions d'habitants au nord de l'Afrique qui venait de faire sa révolution. Cette intervention mettait fin, de fait, au régime de Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis 42 ans. Sept mois plus tard, l'ex-guide libyen était tué. Aujourd'hui, malgré la révolution et le changement de régime, le pays est devenu une véritable poudrière.

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Trois ans après l'intervention de l'Otan en Libye, le constat est accablant : l'Etat libyen est quasi inexistant, l'insécurité est galopante, les assassinats, les explosions et les enlèvements sont quotidiens. Résultat : la population qui s'est, en très grande majorité, réjouie de la chute du régime de Mouammar Kadhafi est aujourd'hui totalement désemparée face à cette recrudescence de violence.

Un homme incarne cette désillusion, c'est un chanteur qui avait pris sa guitare et sa Kalachnikov en 2011. Ce chanteur s'appelle Massoud, il est originaire de Benghazi, cette ville de l'est de la Libye, berceau de la révolution.

Aujourd'hui il a peur : "Tous ceux qui ont participé à cette révolution sont en danger aujourd'hui, ils peuvent être tués n'importe quand ".

A Benghazi, le danger est partout

A Benghazi, les attentats et exécutions sommaires sont quotidiens. Par exemple, en pleine interview avec Fathi Salem Jehani, le directeur du plus grand hôpital de Benghazi, son adjoint est venu lui annoncer une mauvaise nouvelle : "Il y a eu un nouvel attentat, au moins dix morts et des dizaines de blessés ".

D'une manière plus générale, dans l'est il y a aussi la présence grandissante des groupes djihadistes et notamment de Ansar Al Sharia qui contrôle plusieurs villes, dont celle de Derna où les femmes n'ont désormais plus le droit de conduire une voiture.

Une des raisons qui explique le chaos qui règne en Libye c'est l'existence dans ce pays de milices toutes puissantes qui n'obeissent qu'à leur chef. Officiellement, elles ont été intégrées dans l'armée ou la police, et dans les faits elles sont totalement indépendantes et ne rendent de comptes qu'à leur chef ou leur tribu. Le résultat est qu'en Libye vous avez des miliciens partout qui refusent de désarmer. C'est le cas de la milice d'Abdel Raouf Kara ; il a sous ses ordres un millier d'hommes lourdement armés. "A qui voulez-vous que je remette nos armes ? Il n'y a aucune autorité à qui je puisse transférer notre arsenal, il n'y a personne en qui nous ayons confiance ".

Crise politique ouverte

Autre sujet de préoccupation en Libye, la prolifération d'armes à feu : en trois ans, ce pays est devenu une véritable armurerie à ciel ouvert. Près de 20 millions d'armes sont aujourd'hui en circulation, et ce pour six millions d'habitants. Par conséquent, acheter une arme est devenu un jeu d'enfant.

La Libye traverse également une crise politique avec récemment la démission puis la fuite du Premier ministre Ali Zeidan. Il a trouvé refuge en Allemagne, et ce qui a provoqué sa chute, c'est la situation sécuritaire catastrophique mais aussi le fait de ne pas avoir pu régler la question du blocage des terminaux pétroliers à l'est par des milices qui réclament l'instauration d'une Libye fédérale. Ce pays a donc connu une chute vertigineuse de la production : jusqu'à 250.000 barils par jour, contre près d'un million et demi avant ces blocages. Un accord a été conclu, mais il reste désormais à l'appliquer.

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