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Dix ans après la disparition d'Estelle, l'enquête se poursuit

C'est l'une des plus grandes énigmes de l'histoire criminelle en France : la disparition d'Estelle Mouzin, 9 ans et demi. Mercredi, cela fera dix ans jour pour jour qu'Estelle a été enlevée alors qu'elle rentrait de l'école, à quelques centaines de mètres de chez elle, à Guermantes, en Seine-et-Marne. Malgré l'absence de pistes, les enquêteurs restent mobilisés.

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Cela ressemble à une bouteille jetée à la mer.  Mais la PJ refuse de clore cette enquête hors norme qui a mobilisé des moyens considérables. Hier, la Direction régionale de la police judiciaire de Versailles a réactivé un numéro vert (0800.336.098) dans l'espoir de recueillir de nouveaux témoignages. Dès le lendemain de la disparition d'Estelle, des battues géantes ont été organisées avec l'appui de l'armée, les lacs du secteur (qui étaient gelés) ont été sondés. Les habitants de Guermantes ont tous été auditionnés, des centaines de maisons perquisitionnées. En vain. Pas de témoignage, pas de trace matérielle, c'est comme si Estelle s'était volatilisée en revenant de l'école.

Depuis dix ans, le père de la fillette se bat sans relâche pour savoir ce qui lui est arrivé. "Si Estelle a été enlevée, la probabilité qu'elle ait été assassinée dans les heures qui ont suivi est la plus grande", estime Eic Mouzin. "Si on était dans l'hypothèse d'une détention, la situation ne serait pas meilleure : il suffit de s'imaginer ce que ça peut être d'être depuis dix ans entre les mains d'un prédateur sexuel."

Cent cinquante gardes à vue

Il y a quelques mois, un nouveau juge d'instruction (le cinquième depuis la disparition d'Estelle) a été saisi au tribunal de grande instance de Meaux. "Les juges ne se résignent pas et continuent de rechercher la moindre piste" affirme le procureur de la République Christian Girard. Aujourd'hui, le dossier Mouzin est constitué de 85 tomes ! Depuis le début de l'affaire, 150 personnes ont été placées en garde à vue. Selon la police judiciaire, plusieurs suspects potentiels seraient encore sous surveillance aujourd'hui.

La PJ ne dispose pas d'ADN ou d'empreintes, mais elle a sans doute eu la bonne idée de figer l'ensemble des communications passées ce 9 janvier 2003 dans la France entière, soit des millions de coups de téléphones répertoriés. Du jamais vu !

L'ombre de Michel Fourniret

Sur ce dossier plane aussi l'ombre du tueur en série Michel Fourniret. Eric Mouzin, le papa d'Estelle, estime que cette piste n'a pas été suffisamment creusée. Il devrait déposer de nouvelles demandes d'actes judiciaires auprès du magistrat instructeur. Lundi pourtant, Stéphanie Duchâtel, commandant de police à Versailles (en charge du dossier Mouzin depuis dix ans) a presque définitivement refermé la porte sur cette hypothèse. Le 9 janvier 2003, Michel Fourniret était chez lui en Belgique. Il a un alibi béton : plusieurs coups de fil passés ce jour depuis son domicile.

Mais les policiers espèrent qu'en réactivant le numéro vert (0800.336.098), ils pourront obtenir de précieux témoignages. Sérieux ou farfelus, les appels permettront de faire vivre ce dossier. Le commissaire Philippe Bugeaud et le commandant Stéphanie Duchâtel, ont annoncé la réactivation d'un numéro vert.

Tourner la page

Le père d'Estelle, Eric Mouzin, admet tout de même, sur France Info, qu'il faudra sans doute un jour tourner la page et lâcher les armes. "Je fais beaucoup d'efforts pour vivre, faire en sorte que la vie ait du sens, avoir des projets, me faire plaisir. La vie ne doit pas être l'horreur, la peine et l'ambiance mortifère. Ce serait vraiment faire trop d'honneurs à ceux qui ont enlevé Estelle".

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