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A Strasbourg, le sport sur ordonnance

C'est un dispositif qui reste encore rare en France : du sport gratuit, prescrit sur ordonnance. Depuis un an et demi, l'expérience est en cours, à Strasbourg. Plus de 450 patients qui souffrent de diabète, d'hypertension, d'obésité ou de maladies cardiaques ont déjà profité gratuitement du dispositif.

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Radio France

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Sous le regard de deux éducateurs
sportifs, ils sont une dizaine à pédaler autour du stade de football de la
Meinau, à Strasbourg. Casques sur la tête, certains en sont à leur cinquième, dixième
leçon. Mais il y aussi des débutants, qui, eux, n'ont jamais fait de vélo et
viennent apprendre à pédaler. Le point commun de tous ces cyclistes, c'est
d'avoir été envoyés là par leur médecin traitant, comme Safia, 37 ans, venue
perdre ses kilos en trop.

"On est parti de zéro et maintenant
on sait rouler, on sait pédaler, on peut sortir et se promener. Faire du sport,
c'est plus sain que les médicaments. Je me porte bien, je ne prends pas de
médicaments qui ont des effets indésirables que je ne rencontre pas au
sport"
, explique-t-elle.

Les patients de cette leçon de vélo
souffrent de surpoids, d'hypertension, de maladies cardiovasculaires. Pour
améliorer leur santé, certains ont choisi plusieurs activités sportives dans la
liste proposée. Rania, par exemple, est devenue comme elle dit
" accro" au sport. En un an, sa tension artérielle a très largement
baissé.

"Je fais de la gym, de la
piscine, du rameur et de la marche nordique. Je suis quelqu'un d'hypertendu, je
prenais quatre médicaments par jour et après un an, je n'en prends plus qu'un.
Ma tension s'est régulée, j'ai gagné en souffle. Je conseille le sport à tout
le monde, c'est le meilleur remède
", raconte Rania.

Prescription médicale 

A Strasbourg, ils sont 150 médecins
généralistes à participer à l'opération. Sur les ordonnances, ils inscrivent le
sport choisi, la fréquence des séances, leur intensité, les contrôles médicaux
à effectuer... Parmi les médecins, Pierre Trileski, persuadé des bienfaits de
cette expérience. "Beaucoup de maladies ne relèvent pas exclusivement
de traitements médicamenteux. Après un infarctus, bien sûr il y a un traitement
médicamenteux, mais ce n'est pas tout, il faut reprendre du mouvement.
Quelqu'un qui aime nager va faire du water-polo, son diabète va s'améliorer. Vu
les types de pathologie, c'est le fait de bouger qui est important. Chez les
diabétiques par exemple, on peut espérer se passer de médicaments si
l'alimentation est un peu plus raisonnée et si la personne bouge.
"

Même si certains patients
abandonnent le dispositif en cours de route, l'expérience fonctionne. Les
participants vantent la gratuité des activités, l'encadrement. Surtout, ils
apprécient de pouvoir pratiquer ensemble les activités sportives. "Ils
ne seraient pas allés dans des clubs classiques
", explique William
Gasparini, sociologue et professeur à l'université des sciences du sport de
Strasbourg.

"Les personnes obèses par
exemple ne veulent pas subir le regard des autres, c'est-à-dire une
stigmatisation, donc elles n'y vont pas. Là, ils apprécient de se retrouver
entre eux.
" L'année dernière, l'opération a aussi été ouverte aux
patients en rémission après un cancer du sein ou du colon.

Alternative aux traitements 

On le comprend aisément, le sport – dans
certains cas – pourrait donc représenter une alternative aux traitements
classiques. Par exemple, la prise en charge de cours de sport pour des malades
chroniques s'élève chaque année à 150 euros en moyenne. Le traitement
médicamenteux pour un diabétique ou une personne qui souffre d'hypertension
revient lui trois fois plus cher.

Généraliser l'expérience serait donc
source d'économies assure Alexandre Feltz, chargé de la santé à la communauté
urbaine de Strasbourg. "Quand vous êtes diabétique ou hypertendu, vous
allez prendre les médicaments toute votre vie, ce qui coûte très très cher.
Trente minutes d'activités physiques réduisent les risques et donc on
dépenserait moins pour la prise en charge et la sécurité sociale n'aurait plus
à rembourser ces médicaments qui ne seront plus prescrits
".

L'Imaps,
une structure proche de la Mutualité française, a fait ses comptes. Elle estime
aujourd'hui que la pratique régulière du sport par des personnes atteintes de
maladies chroniques permettrait d'économiser 56 millions d'euros, chaque année. 

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