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"Auschwitz, enquête sur un complot nazi", de Florent Brayard

Un certain nombre de hauts responsables nazis ignoraient l’existence des camps de la mort. C’est ce qu’écrit l’historien Florent Brayard dans son nouveau livre. Un ouvrage très documenté qui soulève un grand nombre de questions.

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Auschwitz, enquête sur un complot nazi , de Florent Brayard est publié au Seuil (530 p., 24E) – Note : ****

Résumé : On le sait depuis les procès de Nuremberg : la "solution finale de la question juive" était un secret d'Etat partagé par
les plus hautes élites nazies. Eux connaissaient le sort des juifs européens
déportés "à l'Est" : la mise à mort systématique, à Auschwitz ou
ailleurs. A suivre son Journal, pourtant, Goebbels apparaît comme un cas à
part. Il avait certes connaissance du massacre des juifs soviétiques puis
polonais. Mais il crut durablement que les juifs déportés depuis Berlin étaient
concentrés "à l'Est" dans des ghettos, dans l'attente d'une
transplantation future, alors même qu'ils étaient systématiquement exterminés.
Intime de Hitler et figure centrale du régime, Goebbels aurait-il été une
exception ? S'appuyant sur une très large documentation, Florent Brayard fait
ici le pari inverse : la singularité du cas Goebbels invite en réalité à
repenser le secret qui entoura Auschwitz. Car les archives révèlent de
nombreuses anomalies, passées souvent inaperçues, qui montrent indubitablement
que la "solution finale" fut pendant longtemps présentée au sein de
l'appareil d'Etat comme une simple transplantation. De fait, même dans le Reich
nazi, le meurtre de tous les juifs européens constituait un acte hautement
transgressif, que Hitler et Himmler avaient préféré cacher. Autrement dit, un
complot. La conférence de Wannsee en janvier 1942 ne fut donc pas le moment où
ce meurtre fut révélé : il fallut attendre octobre 1943 et les fameux discours
de Himmler à Posen. Et tout, ou presque, était alors achevé. La "solution
finale de la question juive" ainsi avait été plus qu'un secret, un
complot.

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