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Le décryptage éco. Présidentielle : pourquoi les candidats s'intéressent aux plus âgés

Les plus de 65 ans vont peser massivement dans cette élection présidentielle. Les conséquences du poids des seniors et des retraités sur les choix économiques, décryptés par Vincent Giret.

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Devant les affiches des candidats à la présidentielle, à Paris, en avril 2017.
Devant les affiches des candidats à la présidentielle, à Paris, en avril 2017. (DANIEL FOURAY / MAXPPP)

Dans la dernière ligne droite, les retraités, les seniors, les plus de 65 ans, sont l’objet de toute l’attention des candidats. Mercredi 18 avril, devant son public, François Fillon a dit ceci : "Ça serait dommage, dans une société qui vieillit, d’avoir toute une partie de la population non représentée". Sous entendu : si Emmanuel Macron, qui n’a que 39 ans, venait à être qualifié ou pire élu président, vous les plus âgés, les retraités, ne seriez pas représentés. Et donc vos intérêts ne seraient pas défendus. Il fallait oser et Fillon l’a fait, sans pudeur excessive.

Les personnes âgées votent en masse

Et si le retraités sont ainsi choyés, c’est pour au moins deux raisons : Ils sont nombreux dans une société qui vieillit, ils votent en masse – c’est même la catégorie d’âge qui vote le plus, tandis que l’abstention est massive chez les plus jeunes, surtout les 18-24 ans. La participation au scrutin des retraités est attendue 10 points au dessus de la moyenne nationale, c’est considérable, 79% contre 69%. On connaît aussi leurs préférences : il n’y a pas de hasard, c’est François Fillon qui est le mieux placé dans cette catégorie, très loin devant Emmanuel Macron. Et, fait intéressant, c’est aussi dans cette catégorie d’âge que Marine Le Pen fait son score le plus faible : elle n’atteint que 13% chez les plus de 65 ans. Mélenchon ne fait que 12% et Hamon un tout petit 6%.

Cet électorat senior est bien sûr d’abord préoccupé par les problèmes de pouvoir d’achat, par toutes les questions qui touchent à la santé, au système de soin et à la sécurité d’une manière générale. Mais attention aux clichés, nous disent les spécialistes de l’opinion, les plus de 65 ans, en proportion, votent plutôt moins pour leurs propres intérêts que les autres catégories de la population. Ils sont en effet soucieux de l’intérêt général et de l’avenir de leurs enfants et petits-enfants. La théorie du vote égoïste s’applique beaucoup moins à cette catégorie qu’aux autres tranches d’âges. Et c’est particulièrement intéressant.

Jusqu’ici, les économistes qui travaillent sur les âges nous disent qu’il n’y a pas eu vraiment en France de générations sacrifiées, en dépit de tout ce qu’on pu dire parfois sur les baby boomers, ces générations nées après la Seconde Guerre et qui ont bénéficié plus que les autres de la croissance et du plein emploi. Et bien non, globalement, pas de génération sacrifiée, plutôt des inégalités au sein même de chaque génération. Mais nous sommes à un point limite : l’endettement public atteint un niveau sans doute maximal, on ne pourra guère aller beaucoup plus loin sans prendre des risques considérables. Et notre système global de protection sociale, lui, est en bout de course, et plus vraiment soutenable sans une réforme profonde. Sans oublier que les années à forte croissance sont bel et bien dernières nous.

Les tensions entre générations sont devant nous

Est-ce qu’on pourrait assister à une guerre des générations ? A une guerre, peut-être pas, mais à des tensions, certainement. Il y aura en tous cas, dans les cinq ans qui viennent, la nécessité d’un nouveau pacte social, d’un compromis, entre les générations actives d'un côté et les retraités de l'autre. Parce que le monde a changé, parce que les risques et les charges ne sont les plus mêmes, il faudra sans doute que chacun regarde ce qu’il peut céder de ses avantages existants pour garantir des sécurités nouvelles dans les années à venir. Par exemple dans le domaine des retraites : une immense majorité des jeunes ne croit pas à la pérennité du régime par répartition. Les plus jeunes se doutent bien qu’ils ne profiteront pas d’un système aussi généreux et ils n’ont pas tort.

Il faudra donc un donnant-donnant, une solution imaginative, et évolutive. Mais comme le sujet est sensible, on ne peut pas dire que les candidats en aient beaucoup parlé pendant cette campagne électorale. C’est vrai qu’il est bien plus facile de tenir des propos très sucrés aux plus âgés.

Devant les affiches des candidats à la présidentielle, à Paris, en avril 2017.
Devant les affiches des candidats à la présidentielle, à Paris, en avril 2017. (DANIEL FOURAY / MAXPPP)