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Le décryptage éco. L'Allemagne a besoin de la France

Emmanuel Macron se rend lundi à Berlin pour y rencontrer la chancelière Angela Merkel. Le président attend beaucoup d’une nouvelle relation avec l’Allemagne. Est-elle possible, souhaitable et sur quelles idées ? Le décryptage de Vincent Giret.

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Emmanuel Macron et le ministre des Affaires étrangères allemand, Sigmar Gabrie, à Berlin, le 16 mars 2017.
Emmanuel Macron et le ministre des Affaires étrangères allemand, Sigmar Gabrie, à Berlin, le 16 mars 2017. (RAINER JENSEN / DPA / AFP)

La visite d'Emmanuel Macron lundi 15 mai à Berlin, pour rencontrer la chancelière Angela Merkel, sera décisive pour une nouvelle relation avec l’Allemagne. Même si cette rencontre en début de mandat appartient désormais au rituel politique, Emmanuel Macron se rend à Berlin avec des idées neuves, un état d’esprit particulier, et une volonté affichée, délibérée d’un nouvel élan entre les deux pays.

Et cette rencontre va se dérouler d’emblée dans un contexte très favorable, très chaleureux, et c’est une singularité historique pour un début de mandat. Non seulement parce qu’Angela Merkel et Emmanuel Macron se connaissent déjà et s’apprécient, mais aussi parce que le Français a mis au cœur de sa campagne l’Europe réinventée, transformée, et surtout l’entente franco-allemande.

L'anti-germanisme au silence pour cinq ans

Vue de Berlin, la victoire d’Emmanuel Macron apparaît comme une chance quasi-inespérée, tant les Allemands furent souvent effarés par la tournure de la campagne présidentielle française, où une majorité de candidats s’en est pris très vivement à l’Allemagne, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, avec des mots qu’il était parfois difficile de ne pas prendre pour de l’anti-germanisme pur et simple. On peut penser d’ailleurs, que paradoxalement, ce climat très anti-allemand pendant la campagne peut être un atout aujourd’hui pour Emmanuel Macron. Le président n’aura pas même pas besoin de le dire tant les Allemands l’ont déjà compris : il vaut mieux s’entendre et travailler avec ce nouveau président parce que sinon, en cas d’échec, le suivant pourrait provoquer une crise européenne dévastatrice.

L’enjeu de cette nouvelle relation avec l'Allemagne est politique. L’idée force d’Emmanuel Macron, c’est de restaurer le pouvoir, l’influence, la crédibilité de la France en s’affichant avec l’Allemagne, en réinventant le couple franco-allemand, qui et de fait en souffrance depuis plus au moins une quinzaine d’années. On se souvient de la phrase clé prononcée par le candidat Macron pendant la campagne : "Je ne suis pas face à Berlin, je suis avec Berlin". Aucun des trois derniers présidents français n’auraient dit une chose pareille.

Le leadership politique repose sur l'économie

Tordons le coup au passage à une idée reçue, aussi stupide, masochiste, que complotiste. Non, la France n’est pas soumise à l’Allemagne, comme certains l’affirment à tort, mais oui, elle a bel et bien décroché et laissé à l’Allemagne le leadership européen. Et cela a pour une raison simple : dans le monde d’aujourd’hui, l’influence, l’autorité, la puissance, sont corrélées aux performances économiques d’un pays. Et le pari d’Emmanuel Macron, c’est de faire de cette relation franco-allemande, et de l’Europe, la clé de voûte du redressement français pour que la France pèse à nouveau.

Concrètement, il y a beaucoup de dossiers sur la table, et on connaît les deux premières priorités d’Emmanuel Macron. La première c’est d’instaurer un budget de la zone euro, pour financer des investissements d’avenir, et aider les pays les plus fragiles et réduire les déséquilibres entre ses membres. Et ce budget serait confié à un ministre des Finances de la zone euro et contrôlé par un parlement de la zone euro. Cela ne se fera certainement pas en un jour, mais la réalité, c’est que le chemin à faire n’est plus si lointain : d’abord parce que le plan Juncker de 350 milliards d’investissements mis en œuvre en 2015 est déjà de fait un embryon de budget européen. Et que l’Europe a un autre outil de gestion de crise, qu’on appelle le mécanisme monétaire européen, qui pourrait être transformé en fonds monétaire européen.

La deuxième priorité, discutée elle aussi dès ce soir, c’est la réforme de la fameuse directive sur les travailleurs détachés, qui est l’un des moteurs de l’euroscepticisme. Emmanuel Macron souhaite un renforcement des contrôles et une pression accrue sur les pays de l’Est. Un sujet sur lequel la France et l’Allemagne n’auront pas de vraies difficultés à s’entendre.

Tout cela devrait confirmer qu’il y a un moment propice pour la France : face au Brexit et à la multiplication des risques, l’Allemagne n’a jamais eu autant besoin de la France. A elle de savoir en profiter.

Emmanuel Macron et le ministre des Affaires étrangères allemand, Sigmar Gabrie, à Berlin, le 16 mars 2017.
Emmanuel Macron et le ministre des Affaires étrangères allemand, Sigmar Gabrie, à Berlin, le 16 mars 2017. (RAINER JENSEN / DPA / AFP)