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Le décryptage éco. Face aux vagues populistes, Bruxelles entre prise de conscience et mea culpa

Après les vents populistes qui ont soufflé sur l’Union européenne, la Commission européenne présente cette semaine un nouveau texte, entre prise de conscience et mea culpa.

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franceinfoVincent GiretRadio France

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Le siège de la Commission européenne, à Bruxelles.
Le siège de la Commission européenne, à Bruxelles. (MaxPPP)

Face aux vagues populistes dans les urnes, la Commission européenne commence à réagir, notamment sur le commerce, le social, la mondialisation… Bruxelles a ainsi présenté un nouveau texte cette semaine, entre prise de conscience et mea culpa.

L’Europe, grand sujet de la présidentielle française

Il n’a ainsi manifestement pas échappé à la Commission européenne, que l’Europe, avec ses limites et ses dysfonctionnements, avait été le grand sujet de la dernière présidentielle française. Rappelons au passage que les candidats anti-européens, avec toute la gamme des nuances, y ont réalisé plus de 50% des voix au premier tour et cela est sans précédent. De même qu’après le vote surprise des Britanniques en faveur du Brexit et la montée partout des populismes sur le continent, et enfin la présence de Martine Le Pen au second tour de la présidentielle, tout commande à agir, à bouger, à débattre au plus vite si le projet européen veut éviter la catastrophe. C’est cette analyse qui prévaut désormais, manifestement, à Bruxelles.

Bruxelles rompt avec une forme de naïveté

Trois initiatives viennent de le confirmer. Après un premier document sur le "futur de l’Europe" fin février, après une proposition de "socle social minimum commun" pour tous les pays membres de l’Union, un troisième texte a donc été présenté cette semaine, sans doute le plus intéressant, son sujet : la "maîtrise de la mondialisation". Et voici un texte qui pour la première fois, parle vrai, souligne bien sûr les avantages du libre-échange et la puissance de la mondialisation, mais dans le même mouvement, s’inquiète également des nombreuses dérives, des inconvénients, et des cas où la concurrence a provoqué des pertes d’emplois, et une pression à la baisse sur les salaires et les pertes d’emplois. Bruxelles rompt clairement avec une forme de naïveté et reconnaît enfin que la mondialisation a fait aussi des perdants, et qu’elle a suscité de vives inquiétudes dans les classes populaires, et aussi pour une partie, dans les classes moyennes.  

L’UE doit réécrire le corpus des règles mondiales

S’il est trop tôt pour mesurer l’impact qu’aura ce texte, certains disent déjà que c’est aussi trop peu et bien tardif. Il y a pourtant à l’évidence un moment européen propice. Les choses bougent. Le premier vice-président de la Commission a expliqué jeudi en présentant ce texte que l’Europe devait contribuer à "la réécriture du corpus des règles mondiales". L’exécutif européen veut que les futurs accords commerciaux qu’il négocie comportent désormais des clauses fiscales, et des normes sociales et environnementales contraignantes, accompagnées de possibilités de sanctions. Voilà qui serait nouveau. Et il y a bien d’autres signes de cette prise de conscience : jeudi, par exemple, les ministres européens du commerce ont adopté, à l’unanimité, de nouvelles règles anti-dumping en cas de distorsion du marché qui s’appliquera à l’ensemble des pays de l’OMC, y compris la Chine. Voilà une décision qui confirme une réelle évolution des rapports de force au sein de la mécanique européenne depuis le référendum britannique.

Remettre les peuples au centre

Pointe cependant l’impression que Bruxelles résiste déjà à certaines propositions avancées pendant la campagne par Emmanuel Macron. Ainsi, entend-on grincer sur certains sujets. Comme celui des commandes publiques : Emmanuel Macron souhaite que l’Europe se dote, à l’image des États-Unis, d’un Buy European Act, c’est à dire d’une loi qui réserve l’accès aux marchés publics européens aux entreprises qui localisent au moins la moitié de leur production en Europe. Mais les rapports de forces bougent et rien et ce sera à la France de se montrer crédible. Un signe supplémentaire, dans un autre domaine, l’inflexible ministre allemand des Finances, Wolfgang Schaüble, partisan de l’extrême rigueur, vient, dans une interview au quotidien italien La Repubblica, de dire qu’il était d’accord avec Emmanuel Macron pour lancer le projet d’un Parlement de la zone euro. C’est une idée qui était également portée pendant la campagne par le candidat Benoît Hamon, visant à doter la zone euro d’une institution et d’une expression démocratique, pour y remettre les peuples au centre. L’accord des Allemands était impensable jeudi. Il semble aujourd’hui à portée de main. Voilà une occasion que la France ne devra pas rater. Si elle sait se montrer crédible.

Le siège de la Commission européenne, à Bruxelles.
Le siège de la Commission européenne, à Bruxelles. (MaxPPP)