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Le Brexit et ses secrets

A la veille d’un Conseil européen décisif, David Cameron était à Bruxelles ce mardi, pour continuer de négocier avec la Commission un compromis destiné à éviter la sortie du Royaume-Uni de l’Union. Que sait-on de ces négociations secrètes ?

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Le premier point,  c’est qu’elles sont très secrètes justement et que ça commence à agacer nombres d’élus européens. Beaucoup redoutent que l’Europe soit en train de céder au chantage britannique dans une négociation faite sur un coin de table, au mépris d’un minimum de transparence et plus encore de démocratie. Ces élus européens en colère se sentent pris au piège : quand ils veulent critiquer ouvertement certaines des concessions accordées à David Cameron, on leur répond qu’ils doivent se taire au risque de provoquer les eurosceptiques britanniques et de faire échouer le référendum promis par le premier ministre. Certains, comme l’eurodéputé française Sylvie Goulard, s’activent en coulisse, pour que les concessions de l’Union restent fonctionnelles, équitables, et surtout n’abiment pas le cadre commun. Et qu’on réponde aussi à certaines bonnes questions de David Cameron, il y en a, sur le fonctionnement lent et laborieux de la machine européenne.

Sur le fond, quels sont les points les plus discutés ? 

David Cameron avait émis des demandes de quatre ordres. Le premier point portait sur les manières de rendre l’Europe plus compétitive. C’était une excellente question, il y avait beaucoup à dire, notamment sur l’harmonisation fiscale ô combien nécessaire, sur l’environnement des entreprises et bien il n’y a rien sur ce point dans le draft officiel qui circule sous le manteau, qu’un seul renvoi aux textes déjà existants de l’Union. Voilà une première belle occasion ratée. Deuxièmement, la question ultra politique de l’octroi des allocations sociales aux ressortissants des autres Etats membres : C’est sans doute le point le plus démagogique pour un pays qui a tant profité des flux de main d’œuvre venus, notamment de l’Est après la chute du communisme. Ce genre de demandes n’est pas seulement discriminatoire, il incite d’autres Etats à faire d’autres demandes, similaires et unilatérales, c’est un risque très dangereux pour les années à venir.

Le plus préoccupant,  c’est l’organisation des relations entre Royaume-Uni et l’Union européenne ou même la zone euro…

Oui, là, on atteint des sommets. En gros le texte établit une liste longue de bras des politiques communes dont le Royaume-Uni ne veut pas, à commencer par l’euro bien sûr, mais aussi Schengen, le contrôle aux frontières, la coopération policière et pénale, la charte des droits fondamentaux, j’en passe et des meilleurs, cette logique est un peu absurde : tout l’exercice est fait au motif d’éviter une sortie des Britanniques de l’Union mais au total, ils n’y seraient plus vraiment. Chercher l’erreur. Le dernier point le plus préoccupant, c’est que malgré tout, le Royaume Uni veut continuer à participer aux décisions qui concernent la zone euro. Là, pardonnez moi cette trivialité, mais c’est un peu le beurre et l’argent du beurre. D’autant que la City pourra continuer à fonctionner hors des règles communes. Pour résumer, cette négociation de boutiquier est, à ce stade, une véritable occasion manquée. Il y a et il reste beaucoup à faire pour simplifier le fonctionnement de l’Union. Et l’affaire britannique était une belle opportunité d’avancer. Il ne reste que quelques heures pour démentir ce sombre pronostic.

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