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La France vers une nouvelle relation avec Cuba

Le dirigeant cubain Raoul Castro arrive aujourd’hui à Paris, pour une visite d’État. François Hollande lui déroule le tapis rouge pour une grande première historique, mais que peut espérer la France d’une relation nouvelle avec Cuba ?

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Le capital symbolique de Cuba s’est certes beaucoup dévalué avec le temps mais il reste quelque chose de piquant entre la France et Cuba, on se souvient de l’accolade de François Mitterrand avec Fidel Castro, puis du voyage précipité de François Hollande à La Havane, dès l’annonce d’une réconciliation entre les Etats-Unis et Cuba après plus d’un demi siècle d’une crise qui avait fait un temps trembler la planète.

On sent bien chez François Hollande un malin plaisir à poser aujourd’hui à côté du frère de Fidel Castro, une personnalité charismatique qui a tant polarisé hier les relations internationales, entre l’Occident et le camp soviétique. Mais au delà de ce clin d’œil historique, François Hollande, on le sait, pratique une diplomatie économique sans aucun complexe. Tout est bon à prendre pour le président, même un petit marché exsangue de 11 millions d’habitants, miné par un demi siècle d’économie socialiste dans sa version étatique la plus bureaucratique.

Premier geste de François Hollande, la France a accepté d’annuler une dette de 11 milliards de dollars

Oui, la France a d’abord contribué lors d’une négociation internationale à ce que les prêteurs passent l’éponge sur la dette cubaine, la France a renoncé ensuite à l’essentiel de sa propre dette, puis elle a négocié avec Cuba de réinjecter une petite partie de cet argent, 360 millions d’euros, dans des projets de développement de l’île, des projets bien sûr susceptibles d’intéresser les entreprises françaises. L’idée pour la France, c’est même d’essayer de doubler les entreprises américaines, puisqu’Obama n’a toujours pas réussi à faire voter par le Congrès la levée définitive de l’embargo américain frappant Cuba. Il y a donc une fenêtre le président veut s’y engouffrer.

Quels projets, concrètement, pourraient intéresser les Français ?

D’abord, dans le tourisme, avec les groupes Bouygues et Accor, dans les infrastructures et la logistique, avec Total, ou dans les transports avec la SNCF. Mais la vérité, c’est que tout est à reconstruire dans ce pays, un système, une économie enfin ouverte, et une démocratie. Et le problème, c’est que depuis l’annonce du rétablissement des relations avec les Etats-Unis, et l’espoir immense que cet événement a suscité, très peu de choses ont bougé.

Le régime semble paralysé devant l’ampleur de la tâche et les conséquences possibles d’une ultime prise de risque politique. La main mise de l’Etat ne s’est pas desserrée : tout reste sous son contrôle tatillon, les petites ouvertures économiques concédées n’ont pour l’instant aucune sécurité juridique, et au plan politique, la répression ne s’est jamais relâchée.

La seule question qui vaille maintenant : c’est est-ce que le régime est prêt à entreprendre des réformes radicales et à ouvrir vraiment son économie ? Après avoir beaucoup rêvé, les Cubains les plus réalistes disent n’espérer plus grand chose avant 2018, c’est à dire la date à laquelle le militaire Raoul Castro, 84 ans, a promis de passer la main à un civil. D’ici là, ceux qui en ont les moyens continuent de risquer leur vie pour essayer de quitter l’île. L’homme que François Hollande accueille aujourd’hui, Raoul Castro est le symbole d’un régime qui a bien du mal à rompre avec ses vieux démons.

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