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La descente aux enfers du Venezuela

Le Venezuela touche le fond et se coupe du Monde. Il est en état d’urgence économique depuis février dernier. Et l’armée contrôle maintenant les ports du pays. Une situation dramatique dans un pays assis sur l’or du pétrole et pourtant au bord de la famine.

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Lise JollyRadio France

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Cinq ports sont désormais aux mains de l’armée qui contrôle l’approvisionnement du pays dans le cadre du plan d’urgence économique décrété en début d’année par le président Nicolas Maduro et prolongé hier.  Le Venezuela est devenu en un rien de temps le pays le plus pauvre du monde selon l’indicateur Bloomberg. La moitié des 30 millions d’habitants vit désormais sous le seuil de pauvreté, c’est deux fois plus qu’il y a six ans. Le pays manque de tout, savon, aliments, médicaments. Dimanche dernier, la frontière avec la Colombie a été rouverte pendant quelques heures pour permettre à des milliers de Vénézuéliens de s’approvisionner. Et la City Bank a décidé avant-hier de fermer le compte du pays d’ici 30 jours, lui coupant tout accès aux marchés financiers internationaux. Le Venezuela est désormais en marge du monde, plus personne ne veut avoir affaire au pays que Chavez a gouverné pendant quatorze ans. Le chantre de la révolution bolivarienne doit se retourner dans sa tombe.

Une dégringolade vertigineuse au pays de l’or noir

La chute du baril de Brent qui a dégringolé de 70 % en un an et demi, et affiche aujourd’hui un peu moins de 48 dollars, a ruiné l’économie du pays. Le déficit public atteint les 20% du PIB. L’inflation devrait atteindre cette année les 720 % selon le FMI. Le pétrole représentait 96 % des exportations vénézuéliennes, mais aujourd’hui le pays doit même en importer. Les deux tiers des produits de première nécessité font défaut. A tel point que l’entreprise américaine Kimberly-Clark, qui produit des couches et du papier toilettes et qui voulait fermer en raison du climat délétère, vient d’être occupée par ses salariés sur ordre du gouvernement révolutionnaire. Un avertissement à toutes les compagnies étrangères qui voudraient quitter le navire avant le naufrage. Seul le rationnement de l’électricité mis en place par le gouvernement après une sècheresse sévère, a pris fin il y a douze jours. Mais les fonctionnaires continuent de ne travailler que deux jours par semaine. La pauvreté s’installe avec des files d’attente interminables devant des magasins vides. La décomposition est totale.

Comment sortir de l’impasse ?

C’est très compliqué. Le Venezuela est, cette année, quasi en faillite, il ne peut déjà plus payer ses créanciers étrangers. C’est un gâchis sans nom car il possède les toutes premières réserves de pétrole au Monde. La crise est économique, sociale et même humanitaire mais aussi politique, l’opposition réclame la tête du président Maduro. La révolution bolivarienne mis en place par Chavez, qui avait permis de sortir une part importante de la population de la pauvreté, est à bout de souffle. En nationalisant à tour de bras, en ne comptant que sur le pétrole pour financer la politique sociale, en faisant fuir les investisseurs étrangers, elle a laissé le pays sans recours face à la chute du prix du baril. Un baril qui coûte deux fois plus cher à produire qu’en Arabie Saoudite. Deux missions de l’organisation des pays d’Amérique du Sud, se sont déjà penchées sur l’avenir du Venezuela. L’une, politique, essaie de renouer le dialogue entre Maduro et son opposition. L’autre, économique, préconise d’abord de mettre fin à la spéculation autour du Bolivar qui s’échange au noir à 100 fois son cours officiel. Les experts estiment que le Venezuela n’est pas sorti de l’ornière avant dix ans au moins.

 

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