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Irlande: l'histoire d'une renaissance flamboyante

Elections législatives décisives ce vendredi en Irlande, la coalition dirigée par un parti de centre droit allié aux travaillistes jouent son avenir. Un thème a mobilisé toute la campagne : qui a vraiment profité de la croissance ?

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L’Irlande est un cas politique et économique extrêmement intéressant, l’histoire d’un choc abyssal et d’une renaissance flamboyante. Voilà un pays qui fut celui qui en Europe a le plus dégusté, si vous me passez cette expression un peu triviale, avec la crise financière de 2007-2008. L’Irlande s’est littéralement effondrée, après l’éclatement spectaculaire d’une bulle immobilière, un choc qui a dévasté le système bancaire et partant, toute l’économie d’un pays d’un peu plus de 4 millions et demi d’habitants qui avait vécu largement au dessus de ses moyens. En 2009, c’est une récession de près de 9% qui frappe l’Irlande comme aucun autre membre de l’union européenne n’en a connu. Des centaines d’entreprises font faillites, le chômage explose, des familles entières perdent leur logement, tandis que des jeunes émigrent par milliers pour échapper à la misère et tenter de trouver un travail loin de chez eux. Arrivée au pouvoir en 2011, la coalition qui joue son avenir aujourd’hui, a infligé au pays une purge phénoménale, une austérité draconienne pour tenter de sauver le pays. Coupes massives dans tous les budgets publics, fortes hausses des impôts, réduction de 11% des traitements des fonctionnaires et appel au secours lancé au FMI et de l’Europe pour sauver ce qu’il restait des banques.

Et cinq ans plus tard dans quel état est l’Irlande ?

Dans un état paradoxal, Nicolas. Sur le papier, l’Irlande est comme ressuscitée, c’est un petit miracle qui semble avoir touché ce pays. Avec une croissance de 7% l’an dernier, l’un des taux les plus élevés au monde, autour de 4 et demi prévus pour cette année, le chômage a été divisé par deux, le déficit public est revenu dans les clous, les investissements ont littéralement bondi, bref, l’économie irlandaise tourne à nouveau à plein régime et sur des bases beaucoup plus saines. L’Irlande était le pays le plus meurtri par la crise, il est aujourd’hui le plus flambant de toute l’Union européenne.

Donc, la coalition au pouvoir a toutes les chances d’être réélue aujourd’hui…

Et bien ce n’est pas si sûr Nicolas, d’abord parce que si le parti de centre droit qui dirige la coalition fait encore la course en tête dans les sondages, il a perdu au moins six points si l’on en croit les sondages, et ses alliés travaillistes, eux, devraient mordre la poussière. Ces élections seront marquées par un taux d’abstention important et surtout par un éparpillement des voix.  Tout simplement parce que tout le monde ne ressent pas, ou pas encore, dans son quotidien ces chiffres mirobolants que je viens de vous donner. A bien des égards, les violences conjuguées de la crise et de l’austérité ont transformé le pays et infligé des blessures toujours très vives. Beaucoup n’ont pas encore retrouvé leur niveau de vie d’avant, ni leur logement d’avant, et se sentent encore déclassés, si ce n’est rejetés. Cet effet de yoyo spectaculaire de l’économie irlandaise malmène une partie entière de la population. Le cas irlandais confirme une vérité tenace : la croissance ne peut pas tout, ne fait pas tout, et c’est à méditer.

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