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Inquiétude sur l'état de santé de la zone euro

Nouvelle intervention publique hier du président de la banque centrale européenne : Mario Draghi s’est dit déterminé à "agir" et à assouplir à nouveau sa politique monétaire en mars. Le patron de l’euro veut dire quoi ?

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A l’évidence, ces propos témoignent d’une nouvelle inquiétude sur l’état de santé de la zone euro. Et ils interviennent quelques jours seulement après les graves turbulences qui ont agité les marchés mondiaux. Jusqu’à la semaine dernière, l’Europe semblait plutôt bien résister, la reprise est là, même si elle est moins forte que prévue, presque tous les pays de l’euro devraient faire mieux en terme de croissance qu’en 2015. L’épicentre de la crise se situait clairement dans le monde émergent, impacté à la fois par la chute des prix du pétrole et par le brusque atterrissage de la Chine. Seulement, la semaine dernière, on n’en est pas resté là, les bourses européennes ont été elles aussi prises dans la tourmente, les valeurs bancaires ont terriblement souffert, les pays de l’Europe du Sud se sont retrouvés à nouveau dans le collimateur des marchés. Il n’en fallait pas plus pour raviver le spectre de la crise dans une zone euro encore convalescente. Plusieurs économistes décrivent aujourd’hui le scénario d’une rechute de la zone euro. Voilà pourquoi la détermination de Mario Draghi a, au moins temporairement, fait du bien à tout le monde hier.

Que peut faire la banque centrale européenne ?

Continuer ce qu’il fait déjà, continuer d’assouplir sa politique monétaire, continuer à injecter massivement de l’argent dans le circuit économique. Les propos du patron de l’euro laissent clairement penser que la banque va augmenter le volume des actifs qu’elle achète dans le cadre de son programme dit d’assouplissement quantitatif. Mario Draghi avait déjà dit que son programme n’avait pas de limite, et qu’il était prêt à sortir le bazooka pour relancer un minimum d’inflation et éviter la paralysie de l’économie européenne. Il est donc prêt à aller toujours plus loin. Et il pourrait encore diminuer l’un de ses taux d’intérêt, qui est pourtant déjà négatif.

Et ça marche ? 

Les économistes n’ont pas de réponse certaine à votre question et c’est bien là le problème. A la fois, Mario Draghi apparaît comme un banquier génial, viscéralement européen, qui a tenu à bout de bras la zone euro aux pires moments de la crise. Et il a d’autant plus de mérite qu’il lui a fallu vaincre les faucons de son conseil et qu’il s’est retrouvé souvent bien seul face à des Etats qui tardaient et tardent encore à se réformer. Mais le problème aujourd’hui, c’est que l’effet de sa politique semble de plus en plus limité. Toutes les grandes banques centrales pratiquent la même politique et injectent depuis plusieurs années des milliards de dollars ou d’euros dans l’économie mondiale, ils inondent les marchés, mais ce faisant, ils nourrissent des bulles, et préparent de nouveaux déraillements. La vérité, c’est que nul ne sait comment on sort vraiment de cette politique. Il faudra bien un jour remonter les taux d’intérêt, on ne peut vivre indéfiniment avec des taux négatifs, ce n’est ni sain, ni viable. L’urgence, c’est donc la coopération, jusqu’ici très faible, entre les grandes banques centrales du monde. Ça tombe bien, une réunion est prévue dans neuf jours à Shanghai avec les ministres des finances du G20. Notre avenir à tous est en partie entre les mains de ces gens là.

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