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Le brief éco. Une taxe carbone aux frontières de l’Europe sera-t-elle plus efficace ?

Dans son discours sur l'Europe, mardi, Emmanuel Macron propose une taxe d’au moins 25 à 30 euros la tonne appliquée aux frontières européennes.

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franceinfoEmmanuel CugnyRadio France

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Des cheminées d\'usines dans la région de Lyon.
Des cheminées d'usines dans la région de Lyon. (GERARD MALIE / AFP)

Fixer "un juste prix" pour le carbone au niveau européen pour pénaliser les industries polluantes et encourager la transition écologique : c’est l’une des propositions faites par Emmanuel Macron mardi 26 septembre, à la Sorbonne, dans son discours sur l’Europe. L’approche européenne que propose le président de la République peut-elle rendre plus efficace la fameuse taxe carbone ?  

Emmanuel Macron propose une taxe suffisamment élevée, d’au moins 25 à 30 euros la tonne, et qui serait appliquée aux frontières européennes pour peser sur les importations issues d’industries polluantes.

Le choix de l'échellon européen face à la Chine, l'Inde ou les Etats-Unis

La nouveauté, c'est l’approche régionale d’une telle initiative. Aujourd’hui, les projets de taxe carbone sont plutôt d’ordre universel (mondial), ou alors elles existent au niveau national. Jouer l'Europe est plus réaliste pour éviter de papillonner entre 27 ou 28 taxes différentes sur le Vieux Continent.

L’objectif est pragmatique. En taxant à l'entrée de l'Europe, on protège les entreprises au sein de l'Union qui payent cette taxe mais se prennent de plein fouet la concurrence de beaucoup d’entreprises étrangères qui n’y sont pas soumises. On pense immédiatement aux entreprises chinoises et indiennes, nos gros concurrents d’aujourd’hui et surtout de demain. Idem pour les entreprises américaines, avec la polémique autour de la sortie annoncée des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat, même si l’administration Trump semble mettre un peu d’eau dans son vin sur le sujet. Et puis il y a un écueil : l’impact de cette taxe sur le pouvoir d’achat puisqu'elle se répercute sur les produits finis, et l'énergie, achetés par les consommateurs.

Si elle n'est pas associée à d'autres mesures, cette taxe n'est pas réaliste 

Admettons que cette approche européenne de la taxe carbone soit la bonne solution, est-elle applicable rapidement ? Evidemment non. Car le problème avec la taxe carbone, c’est que tout le monde en parle. Chefs d’entreprises et responsables politiques affirment que c'est la solution. Mais personne n’est d’accord sur l’essentiel : le montant de cette taxe. La vraie question est donc : quel est le juste prix ? Emmanuel Macron n’est-il pas trop prudent lorsqu’il propose une taxe de 25 à 30 euros la tonne de carbone rejetée ?

La Suède applique déjà une taxe carbone de près de 120 euros la tonne. Et cela fonctionne. Les entreprises s’acquittent de cet impôt écolo sans sourciller et l’économie suédoise tourne à plein régime. Pourquoi ? Parce que le gouvernement suédois a énormément réduit par ailleurs les charges patronales et sociales qui pèsent sur les entreprises. Pour les Etats, c'est un jugement de valeur entre deux priorités. Choisir, c’est renoncer.  

Des cheminées d\'usines dans la région de Lyon.
Des cheminées d'usines dans la région de Lyon. (GERARD MALIE / AFP)